Création de l’Indicateur de bien-être durable / Etat d’Acre, Brésil

Le projet sur les indicateurs de l’Etat d’Acre part de la signature d’un accord de coopération entre le gouvernement brésilien et la fondation France Libertés en septembre 2005.

France Libertés s’est engagée sur un projet de mise en place de nouveaux indicateurs de richesse au Brésil qui entre dans le cadre d’une réflexion globale sur la manière actuelle de comptabiliser la richesse et la croissance économique dans le monde.

Du point de vue des indicateurs usuels comme le PIB ou même l’IDH (Indicateur de développement humain), l’Etat d’Acre affiche de mauvais résultats.

Or les habitants de cette région ne semblent pas être dans une situation plus mauvaise que dans d’autres états mieux classés du Brésil. D’autre part, une grande partie des échanges qui ont lieu dans cette région sont de nature non monétaire et ne sont donc pas perméables aux évaluations traditionnelles.

Les indicateurs traditionnels ne prennent donc pas en compte la richesse « réelle » de ce territoire.

Cependant les élus de la région continuent de penser que leur forêt mérite d'être préservée et qu'elle rapporte plus "debout" que livrée à l'exploitation industrielle, ou convertie en pâturage ou en champs de soja, poursuivant en cela le combat des seringueiros et de Chico Mendès.

Il est apparu essentiel de pouvoir évaluer cette richesse liée à la forêt. L’état d’Acre s’est tourné vers France Libertés, et une équipe a été constituée autour des économistes Jean Gadrey et Florence Jany-Catrice de l’Université de Lille.

Un indicateur de développement humain prenant en compte les dimensions environnementales a ainsi été développé en partenariat avec les économistes brésiliens et avec des acteurs de la société civile de l’Acre qui sont invités à participer à travers un processus de dialogue approfondi.

Le cas de la mauvaise classification de l’état d’Acre dans tous les indicateurs classiques, malgré ses avancées démocratiques et ses richesses « invisibles », est très révélateur du besoin que nous avons aujourd’hui de créer des espaces de participation et de dialogue social pour la définition des variables et des dimensions des indicateurs proposés ; en pleine forêt amazonienne, il apparaît comme parfaitement contre-productif de continuer à utiliser les définitions classiques de pauvreté et de bien-être, toutes construites pour l’essentiel dans un cadre urbain et avec une trop grande importance donnée à la mesure monétaire.

Dans cette recherche de nouvelles définitions pour le « progrès » et pour le « bien-être » dans une région encore très « sauvage », il est plus que jamais essentiel d’associer sa population.

Pour cela, le gouvernement local a créé de nombreuses initiatives pour associer la population, principalement dans le cadre du « zonage écologico-économique » réalisé entre 2001 et 2007.

Aujourd’hui, tous les acteurs sociaux : peuples originaires, paysans et seringueiros peuvent participer aux discussions et donner leur avis sur : « comment mesurer la santé, la qualité de l’habitat, le développement durable ».


Partenaires :

Gouvernement de l’état d’Acre, Université de Lille-1, Conseil Régional du Nord-Pas de Calais, CPI – Comission pro-Indio, Réseau des peuples de la forêt.


Objectif :

Avoir un indicateur à la fois structuré et validé par des économistes et des méthodes statistiques reconnues aux Brésil et à l’international, mais qui soit construit collectivement avec la population sur place et applicable dans d’autres états de la région, à titre comparatif.

Cela peut permettre, par exemple, de changer l’analyse classique du développement entre les Etats voisins d’Acre et de Rondonia, ce dernier largement déboisé et dominé par les grands producteurs de soja et de viande bovine.

Les fermes et les champs de soja de Rondonia font apparaître cet état comme prospère, affichant naturellement un taux de croissance très élevé, ainsi qu’un PIB per capita presque deux fois supérieur à celui de l’Acre.

Mais devant la crise écologique annoncée, pouvons-nous continuer à mesurer ainsi le développement ? La croissance est certes nécessaire au Brésil, mais à quel prix pour les générations futures ?