25.03.2013

Des traces de pesticides et de médicaments dans l’eau en bouteille !

Une tribune d’Emmanuel Poilâne, directeur de France Libertés, publiée ce matin sur le Huffington Post

En janvier dernier, France Libertés et 60 millions de consommateurs rendaient publique la carte des dérogations en cours aux normes de qualité de l’eau potable, dans le cadre de l’Opération Transparence sur le prix et la qualité de l’eau en France. Parallèlement, des analyses ont été réalisées sur la composition de l’eau du robinet dans trois départements essentiellement ruraux et sur les eaux en bouteille et en bonbonnes pour une cinquantaine de marques.

Aujourd’hui, les résultats tombent. Ils sont surprenants.

Les analyses effectuées révèlent la présence de pesticides et de résidus de médicaments dans l’eau du robinet de quelques communes étudiées…et dans certaines eaux en bouteilles.

Une eau pas si pure…

Contrairement à ce que l’on peut penser, les eaux en bouteille ne sont pas épargnées par l’impact des activités humaines. Je vous invite à découvrir, dans le numéro d’avril de 60 millions de consommateurs, la liste des eaux en bouteille dans lesquelles 85 polluants ont été recherchés au cours de l’étude menée par 60 millions de consommateurs et France Libertés dans le cadre de l’opération transparence.

Alors que certaines entreprises, produisant des eaux en bouteille, mettent la pureté de l’eau au centre de leur stratégie de marque, en réalité, cela ne s’avère pas tout à fait exact et est même inquiétant du point de vue de la qualité de la ressource en eau de notre pays à long terme.

Certes, les doses de polluants détectées sont très faibles mais la simple présence d’ultra-traces de médicaments ou de pesticides doit nous sensibiliser à la protection de la ressource en eau.

Des traces d’atrazine ont été trouvées dans l’eau du robinet et dans certaines bouteilles d’eau alors que ce produit est interdit en France depuis 2003. 10 ans ! Comment est ce possible ? Outre les multiples causes de pollution de la ressource en eau, il nous faut prendre en compte la réalité du temps de l’eau qui n’est pas le temps de l’homme. Les activités humaines aujourd’hui vont perturber la qualité de l’eau pour les décennies à venir et c’est dangereux.

La nécessité de réflexion sur la ressource en eau

Il ne s’agit donc pas de remettre en cause la potabilité de l’eau aujourd’hui mais d’attirer l’attention sur la protection de la ressource en eau pour l’avenir. La question qui se pose est la suivante : comment faire pour empêcher la pollution de cette ressource si fragile ?

En France, le curatif prime trop souvent sur le préventif, Le traitement des eaux est renforcé avant sa distribution au lieu de soigner le mal à la source. Cela conduit à négliger les conséquences environnementales et sanitaires et à occulter la qualité de la ressource en eau. De plus, cette approche curative entraîne des coûts élevés du prix du service de l’eau et nous éloigne de la perspective d’un accès à l’eau pour tous.

Il est nécessaire de repenser nos pratiques et nous interroger sur l’avenir de la ressource en eau. Cela passe par le renforcement des réglementations pour un meilleur contrôle de l’eau, une meilleure transparence de sa composition et par la révision de nos politiques agricoles afin de réduire les rejets de pesticides et de nitrates.

En tant qu’usagers, citoyens et consommateurs, nous devons exiger que les pouvoirs publics et les distributeurs d’eau mènent des analyses plus poussées sur la composition de l’eau pour connaitre la réalité et trouver des solutions pérennes de protection de la ressource. Aujourd’hui, nous ignorons les conséquences, dans le temps, d’un tel cocktail de polluants. Evitons que l’eau que nous buvons devienne une bombe à retardement pour notre pays.

Il est grand temps de traiter le problème à la source afin de garantir à tous l’accès à une eau potable de qualité. France Libertés et 60 millions de consommateurs lance un manifeste pour l’eau potable.
 

Retrouvez la tribune sur le site du Huffington Post