20.03.2014

Eau : le grand gaspillage

Opération Transparence : le palmarès des fuites dans les 101 préfectures de France


Communiqué de presse, 20 mars 2014

850 000 km de canalisations acheminent chaque jour l’eau potable à 65 millions de Français. Ce patrimoine public joue un rôle déterminant en termes de préservation de la ressource et de protection de la santé humaine, mais il souffre de nombreux dysfonctionnements. Les fuites sont nombreuses et, chaque année, 1,3 milliard de mètres cubes d’eau traités par les usines n’arrivent jamais au robinet. Soit 20 % des volumes perdus, mais payés par les consommateurs, même si c’est invisible sur les factures !

Dans le cadre de leur Opération transparence commune sur l’eau, la fondation Danielle Mitterrand France Libertés et 60 millions de consommateurs publient le palmarès des fuites dans les grandes villes françaises. Ce classement a été établi à partir des données 2011 de la base statistique de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) et des rapports annuels locaux sur le prix et la qualité du service de l’eau, ainsi que des informations directement fournies par les collectivités.


Deux préfectures sur trois n’atteignent pas l’objectif national

Le bilan parle de lui-même. Parmi les 96 préfectures (sur 101) dont les données ont pu être récupérées :
Deux préfectures sur trois n’atteignent pas l’objectif national fixé par la loi Grenelle II de 2010, visant à limiter le taux de fuites à 15 % de l’eau produite.
Dans un quart des préfectures, le taux dépasse de fuites dépasse même les 25 %. C’est notamment le cas, en métropole, à Digne-les-Bains (54 %), Bar-le-Duc (48 %) ou Nîmes (37 %), Tulle ou Evreux (36 %), ainsi que, dans les DOM, à Basse-Terre (55 %), Saint-Denis-de-la-Réunion (46 %) ou Fort-de-France (41 %).
Dans le haut du classement, on trouve 33 préfectures avec un taux variant de 4 % à 15 %. Deux villes se hissent sur la première marche du podium : Le Mans et Rennes (4 %), devant Blois (5%), Orléans et Moulins (7%).
 

Plus on tarde, plus la facture sera lourde

Pour rénover canalisations et branchements, encore faut-il connaître leur état,. Le décret n° 2012-97 du 27 janvier 2012 obligeait les services de l’eau à dresser un descriptif très détaillé de leur réseau avant le 31 décembre 2013. Or nombre d’entre eux sont en retard.

À la veille des élections municipales et de la journée mondiale de l’eau, France Libertés et 60 millions de consommateurs s’inquiètent de l’état du réseau et de l’incapacité qu’ont de nombreuses collectivités à anticiper les travaux à venir. L’enjeu financier de la rénovation du réseau est colossal : il faudrait engager entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an pour réaliser les travaux nécessaires partout en France, soit plus du double du rythme actuel. Et plus les élus attendent, plus la situation s’aggrave et plus grand est le risque de devoir agir dans l’urgence, endetter la collectivité et augmenter fortement la facture des usagers.
Au-delà de l’aspect économique, une question sanitaire est aussi en jeu : le vieillissement des réseaux peut aussi menacer la qualité de l’eau potable, qu’il s’agisse d’anciens branchements en plomb ou de canalisations plus récentes en PVC, susceptibles de relarguer des composés plastiques dans l’eau du robinet.

Pour une remise à plat de la politique de l’eau

Des solutions existent pourtant, permettant de concilier les nécessaires travaux de remplacement et le maintien d’un prix abordable pour le consommateur. C’est le cas en Vendée, où la mutualisation des moyens, permet d’optimiser la gestion du réseau, sans surcoût pour l’utilisateur.

À l’issue de la troisième année de leur Opération transparence commune sur l’eau, France Libertés et 60 millions de consommateurs plaident une nouvelle fois pour une remise à plat complète de la politique de l’eau. Sans vision à long terme, la situation pourrait devenir dramatique pour la pérennité du service public de l’eau en France.
 

EN QUELQUES CHIFFRES

> 850 000 km de canalisations assurent la distribution de l’eau potable (hors branchements).
> 1/3 des grandes villes ont un taux de fuite supérieur à 25 %.
> Durée de vie moyenne d’une canalisation : 75 ans.
> 1,5 à 2 milliards d’investissements sont nécessaires pour renouveler le réseau ; de 0,7 à 0,8 milliard sont effectivement réalisés aujourd’hui.
> Coût de remplacement d’un kilomètre de canalisation en ville : 400 000 à 800 000 €