Il y a trois ans aujourd’hui, un barrage de déchets miniers s’est rompu au Brésil. Triste anniversaire aujourd’hui que celui du plus grand crime environnemental de l’Histoire de ce pays. 3 ans après, le peuple autochtone Krenak vivant sur les rives du fleuve Rio Doce détruit par les boues toxiques, réclame toujours justice. Geovani Krenak, représentant de son peuple, est à Paris pour appeler à la solidarité internationale et lutter contre l’impunité des responsables de ce que l’on surnomme le « Fukushima brésilien ».

Que s’est-il passé le 5 novembre 2015 ?

Le 5 novembre 2015, un barrage de déchets miniers se rompait dans l’État brésilien du Minas Gérais. Le barrage Fundão est l’un des trois barrages que l’entreprise minière Samarco détient sur cette zone, contenant des résidus de minerais de fer.

La rupture du barrage s’est produite à 15h30 le 5 novembre 2015. Environ 56 millions de mètres cubes de boues toxiques se sont déversées sur 680 km dans la vallée du Rio Doce, touchant 20 des 109 affluents du fleuve avant de se déverser dans l’océan Atlantique le 21 novembre.

Leonardo Mercon
Photographe : Leonardo Merçon

Bilan : 19 morts, plusieurs dizaines de villages impactés, des centaines de milliers de personnes privées d’eau et exposées à d’importants risques sanitaires. En tout, près de 4 millions de personnes affectées, sans compter les préjudices majeurs causés à l’environnement.

Suite à la rupture du barrage, c’est tout le bassin du Rio Doce qui s’est transformé en véritable zone sacrifiée. Toute la zone et ses populations sont aujourd’hui laissées à leur sort, la compagnie responsable Samarco et l’Etat brésilien refusant de prendre leurs responsabilités.

Les multinationales responsables : Samarco, Vale et BHP

Samarco est une joint-venture détenue en parts égales par le géant minier brésilien Vale S.A. et la compagnie anglo-australienne BHP Billiton Brasil Ltda. La multinationale est spécialisée dans la production de boulettes de minerai de fer destinées aux industries internationales du fer et de l’acier.

Quanto vale rio doce Samarco
Photographe : Leonardo Merçon

Quelle responsabilité pour les multinationales et l’Etat brésilien ?

Contrairement aux affirmations de Samarco, la pollution majeure du Rio Doce n’est pas le fruit d’un banal accident mais bien le résultat des choix irresponsables opérés par l’entreprise.

Des rapports de police, de procureurs, d’universitaires et d’ONG pointent d’ailleurs du doigt la responsabilité de la compagnie Samarco dans la rupture du barrage. En effet, la connaissance des risques de rupture par l’entreprise et par les autorités du Minas Gérais a été attestée bien avant la rupture. D’ailleurs depuis sa mise en fonctionnement en 2008, le barrage de Fundão a présenté de nombreuses déficiences. Cependant, parfaitement consciente des dangers que sa négligence faisait courir aux populations concernées, Samarco n’a pas hésité à poursuivre ses activités minières. Les autorités brésiliennes ont également une responsabilité, notamment dans le processus d’autorisation du barrage. Le conseil de politique environnementale de l’État du Minas Gérais (COPAM-MG) a ainsi renouvelé l’autorisation d’exploitation du barrage de Fundão alors qu’une étude commandée par l’État avant la prise de décision faisait état des risques de sécurité du barrage, et notamment du risque d’effondrement.

Samarco continue de nier les faits et plaide l’accident. La multinationale nie même sa responsabilité dans la pollution massive que connait le fleuve depuis le déversement des boues toxiques dans ses eaux. La négligence des organismes étatiques nationaux et fédéraux brésiliens, qui n’ont pas réalisé de contrôle de la qualité des eaux du Rio Doce depuis 2010, a conduit diverses organisations de la société civile et du monde de la recherche à mettre en place leurs propres analyses. Les rapports démontrent l’augmentation drastique des taux de pollution aux métaux lourds des eaux, et indiquent que ces taux n’ont pas baissé depuis la rupture du barrage. C’est un véritable déni de Samarco.

Un crime, pas un accident !
En parlant de tragédie ou encore accident, s’opère une certaine déresponsabilisation. Or, la rupture du barrage de déchets miniers est le fruit d’un système extractiviste qui met la priorité sur l’exploitation à tout prix des ressources naturelles, quel qu’en soit le coût pour les populations et les écosystèmes. Le rôle moteur tant des entreprises que des autorités étatiques et leur négligence conduit France Libertés à dénoncer des crimes et non des accidents, pour ne pas nourrir l’impunité des responsables appelés à répondre de leurs actes.

 

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