Les droits de l’homme, problématique pourtant essentielle du changement climatique, ont quasiment disparu du texte. Par ailleurs, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, indispensable si l’on veut limiter le réchauffement à +2°C, risque de se compter en émissions « nettes zéro », soit non pas une réduction d’émissions réelles mais la mise en place renforcée d’un mécanisme de compensation carbone. La possibilité de s’acheter un « droit de polluer », en somme. Et la menace d’un réchauffement qui irait bien au-delà des +2°C de référence.

France Libertés appelle les Etats parties à revoir cet accord pour aboutir à des mesures ambitieuses qui sont aujourd’hui urgentes. L’eau est au cœur du changement climatique, toutes les catastrophes y sont liées et nombre de solutions reposent sur le grand cycle de l’eau. Or la thématique de l’eau n’est pas apparue dans les accords de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique depuis 2004. C’est pourquoi nous avons adressé une note aux négociateurs, dans l’espoir qu’ils prennent en compte l’urgence de la situation et que l’eau trouve enfin sa place comme levier d’action pour contrer le changement climatique.

 

Note pour les parties

Recommandations sur la gestion de l’eau et le changement climatique

“Rendre l’eau à la terre pour restaurer le climat”

En 2050, 4 milliards de personnes, soit près de 40% de la population mondiale, vivront dans des bassins hydrographiques en situation de stress hydrique élevée.  Le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) met en évidence le lien entre le changement climatique lié aux activités humaines et le cycle de l’eau.  C’est par l’eau que se manifeste l’impact le plus important et le plus sensible du changement climatique pour les populations au travers d’évènements catastrophiques : tempêtes, inondations ou encore sécheresses. Un lien essentiel unit le climat et le cycle de l’eau et explique une importante partie des dérèglements climatiques actuels. Mais malgré son rôle clé dans le changement climatique, l’eau n’a jamais été prise en compte depuis 2004 dans les diverses décisions et résolution liées à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

• Cycle de l’eau et changement climatique

Le cycle de l’eau influe directement sur le climat. Plus il y a d’eau dans l’atmosphère, plus ses effets modérateurs sur les températures et les microclimats sont importants et moins les événements climatiques extrêmes sont violents. Pour assurer ce fragile équilibre, il faut maintenir la stabilité des précipitations et des processus d’évaporation et d’infiltration de l’eau dans le sol. Les activités humaines sont responsables des perturbations du cycle de l’eau car elles rompent l’équilibre existant entre ces phénomènes. En rendant l’eau à la terre et en protégeant nos ressources, le bon fonctionnement du cycle de l’eau peut être rétabli et le climat restauré.

• Cycle de l’eau et agriculture

En 2014, 70 % des prélèvements d’eau dans le monde étaient destinés aux cultures irriguées. Sans une amélioration de l’efficacité des techniques agricoles, les prélèvements d’eau dans le monde pour l’agriculture devraient augmenter d’environ 20 % d’ici à 2050 . Cette situation est d’autant plus grave que le changement climatique a déjà un impact négatif sur le rendement de la plupart des cultures agricoles et sur la sécurité alimentaire de nombreuses populations. Partout dans le monde, des alternatives sont apparues pour mieux utiliser et protéger les ressources en eau, tout en assurant une production agricole suffisante pour nourrir les populations et générer des emplois. Il s’agit par exemple de l’agriculture de conservation, de l’agroécologie, de l’agriculture familiale ou encore de la permaculture.

• Cycle de l’eau et forêt 

La déforestation est aussi une activité néfaste pour le cycle de l’eau, les concentrations de GES dans l’atmosphère et donc le climat. Les forêts absorbent le gaz carbonique et ont un rôle fondamental dans l’infiltration de l’eau, le rechargement des nappes phréatiques et la formation de nuages par évapotranspiration des végétaux. Chaque année pourtant, plus de 13 millions d’hectares de forêt disparaissent dans le monde.  Il est désormais essentiel de soutenir largement les alternatives qui existent à la déforestation, de façon à restaurer le cycle de l’eau dans ces espaces, comme par exemple le reboisement des terrains déforestés ou l’exploitation durable et raisonnée des forêts.

• Cycle de l’eau et urbanisation

L’urbanisation, quant à elle, en artificialisant et en imperméabilisant les sols, contribue pour beaucoup à la dégradation des microclimats. Pour les rétablir et intégrer les villes et espaces urbanisés à un cycle de l’eau fonctionnel, il est nécessaire de mettre en place des dispositifs permettant à l’eau de pluie de ne pas quitter les bassins versants, mais aussi de traiter les eaux usées pour qu’elles puissent s’infiltrer sur place. Il faut restaurer en ville les espaces naturels où les précipitations peuvent tomber, s’écouler et s’infiltrer.

• Cycle de l’eau et industrie

Certaines pratiques industrielles affectent gravement le cycle local de l’eau et le climat. Elles utilisent les ressources en eau en grande quantité, ainsi que des produits chimiques toxiques ensuite reversés, sans traitement adéquat dans de très nombreux pays, dans les rivières. Le secteur de l’énergie (charbon, gaz de schiste, sables bitumineux, etc.) est particulièrement concerné. Des solutions alternatives existent pour limiter l’impact de ces pratiques industrielles sur le cycle de l’eau et le climat, comme la réutilisation totale des eaux usées dans les usines, ou encore l’utilisation d’énergies renouvelables (solaire, éolien, biogaz, etc.) au lieu d’énergies fossiles.

Pourquoi avons-nous besoin d’un accord fort sur le climat incluant des mesures sur l’eau ?

Un accord fort sur le climat à Paris, intégrant pleinement les liens fondamentaux entre le cycle de l’eau et le climat, renforcerait les nombreuses alternatives existantes sur nos territoires et favoriserait une adaptation plus rapide de nos sociétés et des écosystèmes au changement climatique.

Sans cet accord, le réchauffement climatique dépassera l’objectif des 2°C défini dans l’accord de Cancun en 2010. Chaque degré supplémentaire pourrait ainsi conduire à une diminution  de 20% des ressources en eau renouvelables pour au moins 7% de la population mondiale.

Rappel de l’article 4.1(e) issu de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) engageant la Conférence des parties:

Toutes les parties « préparent, en coopération, l’adaptation à l’impact des changements climatiques et conçoivent et mettent au point des plans appropriés et intégrés pour la gestion des zones côtières, pour les ressources en eau et l’agriculture, et pour la protection et la remise en état des zones frappées par la sècheresse et la désertification, notamment en Afrique, et par les inondations ». 

En accord avec cet engagement et en réponse à l’urgence de la situation, nous demandons aux parties de reconnaître la protection des ressources en eau et des cycles de l’eau comme un principe fondamental au sein de l’accord.

 

 

 

 

 

 

[1]OECD, 2008, Environmental Outlook to 2050: The Consequences of Inaction, Chapter 5 “Water”.

[2] IPCC, 2014: Summary for Policymakers, In: Climate Change 2014, Mitigation of Climate Change. Contribution of Working Group III to the Fifth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change.

[3] UN Water, 2014, The United Nations World Water Development Report 2014, Water and Energy, Volume 1

[4] FAO, 2010, World deforestation decreases but remains alarming in many countries

Voir aussi