Le même enchainement se répète. Une fois encore, un barrage de déchets miniers cède, une coulée de boue toxique emporte tout sur son passage, dessinant un paysage apocalyptique et une pollution irréversible. Des centaines de vies brisées, les droits des victimes violés, le tout s’inscrivant dans un combat harassant pour stopper l’impunité des responsables et rompre avec un système prédateur.

Le 25 janvier, c’est un barrage du complexe de minerai de fer de Córrego do Feijão qui s’est rompu dans l’Etat du Minas Gerais au Brésil. Le torrent de boue a provoqué la mort de 58 personnes tandis que 300 sont encore portées disparues à ce jour. Le bilan risque de gravement s’alourdir malgré les moyens de sauvetage déployés.

barrage Brésil Vale
A Parque da Cachoeira, ensevelie à la suite de la rupture du barrage de Brumadinho, le 26 janvier. MAURO PIMENTEL / AFP

Le complexe Córrego do Feijão dont la production atteint 7,5 millions de tonnes de minerai de fer chaque année appartient à la compagnie Vale, premier producteur de minerai de fer au monde. La firme sinistrement célèbre est également responsable du crime sans précédent dans l’histoire du Brésil qui a eu lieu 3 ans plus tôt dans le même État du Minas Gerais. La campagne Justice for Krenak menée par France Libertés et le peuple autochtone Krenak dénonce l’impunité des responsables et alerte sur les risques encourus par les populations victimes de la cupidité de certains.

Le barrage qui a cédé était « inactif » depuis trois ans, mais contenait 13 millions de mètres cubes de boue, issue des rejets de l’activité minière. Ces rejets ont d’ores et déjà pollué le fleuve Paraopeba et pourraient atteindre le fleuve Sao Francisco, 300 kilomètres plus loin.

Comment, 3 ans après ce qui a été qualifié comme le « Fukushima brésilien » la situation peut-elle se répéter ?

Selon une étude de l’université du Minas Gerais, au moins 20 barrages sur les 450 que compte l’État du Minas Gerais pourraient finir par céder. L’Agence nationale des eaux (ANA), responsable pour le contrôle de ces inspections, affirme quant à elle que seulement 3% des 25000 barrages au Brésil ont été contrôlés en 2017.

Comment parler d’accident lorsque ce barrage avait été inspecté 2 semaines plus tôt par un organisme indépendant, bureau d’étude travaillant régulièrement et quasi exclusivement pour Vale ? Un « risque faible de rupture » mais un « fort impact sur l’environnement en cas d’accident » précisait le diagnostic. La rupture du barrage de Fundão en 2015 était déjà la conséquence des négligences d’entreprises minières dont les intérêts privés et financiers font payer un lourd tribut à la nature et aux populations locales.

« L’activité minière n’a pour seul objectif que le profit, l’enrichissement d’une minorité de personnes. Ce système détruit, dans un processus très accéléré, les biens naturels. Non seulement le fleuve, mais également la forêt, l’air même. Ainsi, notre peuple s’oppose à ce modèle adopté par notre pays. » – Geovani Krenak.

Plusieurs milliards de reais ont été bloqués sur les comptes de Vale en vue d’alimenter l’indemnisation des victimes et les réparations des dégâts environnementaux, si tant est possible de parler de réparations. Vale tout comme les instances publiques brésiliennes corrompues ou laxistes figurent sur le banc des accusés.

Le président brésilien Jair Bolsonaro ainsi que le président de Vale Fabio Schvartsman, de retour du Forum de Davos, ont dû prendre acte de ce désastre criminel. On ne peut qu’espérer que la situation ne se solde pas de la même façon que celle de Mariana où les responsables n’ont toujours pas été incriminés et les villages sont encore en ruines. Pourtant, la ligne politique écocide vers laquelle semble s’orienter Bolsonaro annonce d’autres crimes à venir puisque le nouvel élu souhaite faciliter l’obtention de permis d’exploitation minière.

Les violations des droits humains et la destruction de l’environnement par les entreprises minières ne cesseront que lorsque les multinationales repenseront leurs pratiques, plutôt que maintenir leur prédation et nourrir un système à bout de souffle.

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