Depuis le Chili, Elif Karakartal qui fut observatrice internationale pour France Libertés lors du procès contre les avocats de Caimanes et le dirigeant de la communauté, nous communique de nouvelles informations sur la situation dans la région.

En 2008, le réservoir de déchets miniers d’El Mauro, qui reçoit les déchets de l’extraction du cuivre de l’entreprise Los Pelambres, filiale d’Antofagasta Minerals, est construit à 8 km en amont de la communauté de Caimanes. L’installation du réservoir à la source de la vallée du Pupio a provoqué une diminution de 80% du flux des cours d’eau qui permettaient d’irriguer les cultures et d’abreuver le bétail. Les quelques nappes qui ont survécu sont exposées à la pollution, comme l’ont démontré le Collège des médecins du Chili et la Police d’Investigation.

Le Chili est l’un des pays qui a soutenu la résolution de l’ONU ayant reconnu le droit à l’eau comme un droit humain. Le 22 octobre 2014, la Cour suprême chilienne a reconnu que les habitants de Caimanes avaient vu leur droit à l’eau violé et a condamné l’entreprise à restituer « en quantité et qualité », selon les termes du verdict, l’eau « volée » aux habitants. Or, malgré un délai d’un mois pour sa mise à exécution, l’entreprise ne semble pas prête à respecter le jugement de la plus haute instance du pays. La compagnie minière continue de nier sa responsabilité et de prétendre que la disparition de l’eau est liée à la sécheresse.  Dans le meilleur des cas, Minera Los Pelambres propose « généreusement » quelques solutions palliatives pour acheminer artificiellement un peu du liquide vital sans vraie garantie qu’il ne parvienne à la communauté.

Les habitants de Caimanes ont alors décidé d’occuper la route d’accès au Mauro. Pour eux, le blocage de la route ne prendra fin qu’à la condition que soit garantie la décision de justice qui établit clairement que le cours naturel des eaux de la vallée du Pupio doit être rétabli en quantité et en qualité, quand bien même cela signifierait le démantèlement du réservoir de déchets miniers. Après plus de 20 jours d’occupation, les habitants continuent de tenir bon. Mais les pressions pour mettre fin à l’occupation des lieux et le silence médiatique autour de la nouvelle mobilisation des habitants de Caimanes sont inquiétants.


caimanes_mine.jpg L’usurpation du droit à l’eau à Caimanes, comme ailleurs, entraine la privation des droits les plus fondamentaux.  Le coût à payer pour l’ascension d’un des plus grand groupe miniers du pays est-il la destruction d’un lieu de vie et de l’économie locale et l’atteinte à la dignité des femmes et des hommes sur leur territoire ? L’occupation de la route d’accès au Mauro et l’organisation de la vie quotidienne sur un terrain que les habitants se sont provisoirement réappropriés provient d’une demande légitime. Le puissant groupe économique des Luksic a-t-il le pouvoir de se moquer des lois et de violer une décision de justice prise par la plus haute instance de justice chilienne ?

S'il s’avérait qu'une décision de justice, au lieu d’être mise en application, soit finalement détournée par l’entreprise par quelques mesures palliatives présentées comme une des nouvelles "bontés", il s’agirait là d’un signal très grave pour la démocratie et pour le respect des politique environnementales. L’assèchement d’une vallée peut-il être compensé économiquement et ses causes passer complètement sous silence ? La décision d’un tribunal de justice peut-elle être étouffée sous prétexte qu’elle affecte un puissant pouvoir économique ?

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