La Fondation Danielle Mitterrand apporte tout son soutien à Rodrigo Mundaca, infatigable militant pour le droit à l’eau et gouverneur de la région de Valparaiso, symbole du renouveau politique chilien, traîné en justice pour diffamation par Antonio Walker, ancien ministre de l’Agriculture.

En 2019 nous saluions le travail remarquable réalisé depuis de nombreuses années par le MODATIMA (Mouvement de défense pour l’accès à l’eau, la terre et la protection de l’environnement, en français) au Chili en remettant le Prix Danielle Mitterrand à son porte-parole Rodrigo Mundaca.

Pour la Fondation Danielle Mitterrand la nouvelle attaque dont fait l’objet Rodrigo Mundaca est une manière de discréditer et réduire au silence celles et ceux qui, dans le pays Roi de l’ultralibéralisme, se battent depuis toujours pour les droits humains et défendent le vivant face au rouleur compresseur du profit à tout prix.

Le 17 décembre dernier, Rodrigo Mundaca a ainsi été attaqué en justice pour « injures graves avec publicité », une sorte d’équivalent d’accusation pour diffamation et outrage. Le motif : Rodrigo Mundaca n’aurait pas donné les bons chiffres lorsqu’il mentionnait les droits d’eau détenus par l’ex-ministre. L’homme politique s’attaque ainsi aux détails (il serait propriétaire d’un volume de litres d’eau/seconde moins important que ce qui était dit) et non au fond de cette affaire. Ce qui était primordial pour Rodrigo Mundaca et les militants pour le droit à l’eau à l’époque des faits était surtout d’appeler à une justice de l’eau en opérant une véritable rupture avec les politiques en place, inscrites dans le Code de l’eau et dans la Constitution datant de Pinochet. Le Chili est ainsi le pays qui va le plus loin dans la privatisation de l’eau puisque des individus peuvent être détenteurs de volumes d’eau qu’ils peuvent ensuite utiliser comme bon leur semble mais aussi louer, vendre, mettre aux enchères. L’eau est considérée comme une ressource appropriable et comme une marchandise.

Rappeler les droits d’eau détenus par l’ex ministre de l’Agriculture est un exemple emblématique de la folie de ce système. C’était aussi l’occasion de dénoncer un conflit d’intérêt puisque le Ministre de l’agriculture participait au débat public sur les politiques de propriété d’eau alors qu’il était lui-même détenteur d’eau nécessaires à ses activités d’agrobusinessman. Une position qui explique mieux sa volonté de ne rien faire évoluer dans le domaine de l’eau… Pour cet affront, l’ancien ministre va jusqu’à demander la révocation de Rodrigo Mundaca à son poste de gouverneur de la région de Valparaiso. Une demande bien curieuse pour des faits antérieurs à son élection…et inquiétante au regard de l’énorme travail réalisé par Rodrigo Mundaca à travers ce poste.

Rodrigo Mundaca

Les enjeux de justice de l’eau se sont retrouvés propulsés au cœur des revendications du peuple descendu dans les rues du Chili en 2019 lors de l’estallido social et est aujourd’hui un des enjeux clés des discussions dans le cadre de la Constituante. Tout le travail de fond réalisé par MODATIMA et tant d’autres militants du droit à l’eau est désormais discuté au plus haut niveau et avec une réelle possibilité de changement profond des politiques autour de cet élément vital qu’est l’eau.

Cette attaque s’inscrit dans la longue continuité des persécutions et des menaces qu’affrontent les associations, collectifs, peuples autochtones, etc. qui se mobilisent pour dénoncer l’accaparement des eaux au Chili par l’agrobusiness et les entreprises extractivistes (mines, exploitations forestières intensives…). Alors que manifestement les puissants de ce monde ne peuvent s’empêcher de chercher à discréditer et censurer le travail de celles et ceux qui s’évertuent à inventer et expérimenter d’autres manières d’habiter le monde qui soient plus justes, démocratiques et durables, la Fondation Danielle Mitterrand réaffirme son soutien à Rodrigo Mundaca et au MODATIMA.

Nous sommes fiers de l’incroyable travail réalisé par notre lauréat 2019 du Prix Danielle Mitterrand et joignons notre voix à la sienne et celles de nombreux chilien.ne.s, impliqué.e.s au sein de collectifs ou dans le cadre de la Constituante, pour clamer haut et fort : l’eau pour la vie pas pour le profit !

 

el agua no se vende#MundacaNoEstaSolo

Voir également