Il y a trois ans, un des réservoirs de déchets miniers de l’entreprise minière Samarco se rompait dans l’Etat brésilien du Minas Gérais. Il s’agit un exemple emblématique des conséquences dévastatrices de l’extractivisme. Le peuple Krenak dénonce le choix de l’Etat brésilien de baser le développement du pays sur l’exploitation à outrance de ses ressources. Il appelle à rompre avec ce modèle de société qui s’est imposé partout dans le monde et qui provoque des conséquences dévastatrices pour un grand nombre de personnes, notamment les peuples autochtones dont les territoires sont particulièrement convoités par ces entreprises.

La pollution engendrée par la rupture du barrage de déchets miniers de Samarco est à rattacher à la recherche et l’exploitation effrénées des ressources naturelles, c’est-à-dire l’extractivisme. Partout sur la planète, des projets s’inscrivent dans ce système et multiplient les « zones sacrifiées ». L’existence des populations vivant sur ces territoires ou dépendant de ceux-ci est bouleversée. Lorsqu’elles ne sont pas forcées de se déplacer, elles doivent composer avec un environnement pollué mettant en péril l’effectivité de leurs droits humains.

Le Brésil a fait le choix, comme de nombreux autres pays, de se lancer dans un développement basé sur l’exploitation de ses ressources naturelles. Le Minas Gérais est la région minière par excellence, comme le souligne le nom de cette région qui signifie en portugais ‘mines générales’. Du fait de sa richesse en ressources naturelles, l’Etat du Minas Gérais s’est fortement tourné vers leur exploitation, avec toutes les infrastructures directes (mines par exemple) et indirectes que cela suppose (minéroducs, barrages de déchets miniers…). On compte ainsi un très grand nombre de mines dans la région.

Or, cette exploitation minière, en plus de polluer le territoire et de le redessiner complètement, induit la construction de réservoirs de déchets miniers. On dénombre 753 barrages dans le seul Etat du Minas Gérais, dont 40 sont considérés comme dangereux selon l’ONU. Depuis 1986, 6 barrages de déchets miniers se sont rompus dans cet État, provoquant la mort de 16 personnes, en déplaçant des milliers d’autres et causant de sérieux problèmes d’accès à l’eau. La rupture du barrage de Samarco le 5 novembre 2015 est la plus importante dans l’histoire du Brésil provoquant un véritable désastre environnemental et social et causant la mort de 19 personnes.

Pour les Krenak, cet extractivisme est à la source d’une véritable souffrance liée à l’accaparement et pollution de leurs terres. Malgré une restitution partielle de leurs terres en 1920, les Krenak n’en jouissent que depuis 1997. Ces terres ont été profondément modifiées par la forte activité minière qui s’est développée dans cette zone du Brésil. Dès le début du XIXe s’est opérée en effet une très forte pression sur leur territoire. De nombreuses mines et autres installations nécessaires découlant de cette nouvelle activité économique ont été mises en place, notamment une voie de chemin de fer qui traverse le territoire et qui a été le théâtre de nombreux actes de résistance des Krenak. Les Krenak subissent ainsi depuis de nombreuses années les conséquences des projets miniers et se mobilisent fortement pour le respect de leurs droits.

Pour Geovani Krenak « L’activité minière n’a pour seul objectif que le profit, l’enrichissement d’une minorité de personnes. Cette activité va à l’encontre de toute pratique de préservation de l’environnement. À mon avis, il n’existe pas de pratique minière responsable. Pourtant, c’est le modèle adopté par notre société. Les activités minières sont la locomotive qui maintient le capital, la création de richesses. Ce système détruit, dans un processus très accéléré, les biens naturels. Non seulement le fleuve, mais également la forêt, l’air même. Il s’agit pourtant d’un modèle d’extraction et de création de richesses qui mène notre société vers la destruction, et nous avons des preuves solides de cela. Ainsi notre peuple s’oppose à ce modèle adopté par notre pays.».

Les Krenak dénoncent la politique brésilienne qui a favorisé et même facilité l’implantation des projets extractivistes. Ils insistent notamment sur le rôle des agences étatiques chargées d’étudier les demandes des porteurs de projets extractivistes. Ainsi, dans le cadre du crime de 2015, des rapports soulignaient des failles techniques du réservoir de déchets miniers avec le risque d’effondrement. Pourtant l’agence environnementale a renouvelé les autorisations de Samarco. C’est pourquoi les Krenak exigent une meilleure application des normes environnementales, des droits humains et des droits des peuples autochtones. « Nous attendons que la Constitution soit appliquée, que le droit à la terre, le droit à l’eau, soient garantis pour les peuples autochtones » explique Geovani Krenak.

Plus de trois ans après le crime, l’impunité dont jouit Samarco est source d’un sentiment très fort d’injustice auprès des nombreuses victimes. Alors qu’il s’agit de la plus grande pollution environnementale jamais arrivée au Brésil, il est effroyable de voir le peu d’investissement de l’Etat brésilien. Aucune mesure forte n’a été prise sur le plan environnemental, par exemple au niveau d’analyse de l’eau du Rio Doce ou encore des études pour la dépollution des territoires. Sur le plan de la justice, les actions intentées sont régulièrement suspendues ou stoppées. Enfin, le crime n’a pas été suivi d’un renforcement des procédures d’autorisation et de surveillance des projets extractivistes.

Suite à l’élection de Jair Bolsonaro à la tête de l’Etat brésilien, les Krenak partagent avec nous leur crainte de voir les territoires autochtones d’autant plus fortement saccagés et exploités. De par ses annonces, il semble que Jair Bolsonaro s’oriente vers un renforcement des projets extractivistes, une régression sur le plan des droits humains et des droits des peuples autochtones et la criminalisation des personnes qui se mobiliseront contre certains projets ou lois climaticides.

La mise en péril des territoires au Brésil est une menace pour l’ensemble de l’Humanité et du monde vivant de par l’importance que joue ce pays dans les équilibres écosystémiques et climatiques. C’est pourquoi, il est important d’apporter notre solidarité au peuple Krenak en signant cet appel. De manière plus générale, l’extractivisme est un modèle de société qui doit s’arrêter au plus vite au regard des conséquences dévastatrices qu’il entraine. Dans la recherche d’alternatives à ce modèle, les cosmovisions et modes de vie des peuples autochtones peuvent être d’une grande aide.

 

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