Lors des 2e rencontres franco-brésiliennes « Déchets & Citoyenneté », nous avons accueilli de nouveau une délégation de catadores (ramasseurs de matériaux recyclables), ainsi que leurs collègues « recycleurs populaires » du Chili, de la Colombie et de l’Inde.  Ce débat faisait partie d’un programme de dix jours d’échanges, actions de terrain, ateliers, un séminaire et évènements grand public en mai 2011.

L’expérience de ces recycleurs populaires – qui s’organisent pour sortir de la misère par la collecte et le tri des déchets et se battent pour faire reconnaître le service public qu’ils délivrent- nous conduit à remettre l’humain et la citoyenneté au cœur d’un débat abordé souvent de manière purement technique. Si nos amis du Sud nous rappellent avec force que le secteur des déchets est un vecteur d’inclusion sociale chez eux, nous ne devons pas oublier qu’en France les « recycleurs populaires » existent bel et bien aussi.  A Paris certains Rroms et les « biffins » survivant grâce au travail informel de collecte et de revente d’objets récupérés. Les associations du réseau « déchets et citoyenneté », ainsi que la collectivité Plaine Commune, tentent de favoriser l’insertion de publics en difficulté dans le domaine des déchets et du recyclage.

Pour échanger sur ce thématique, le soir du 26 mai nous avons mis en place une table ronde réunissant deux recycleurs populaires du Brésil et de la Colombie, un représentant de l’association Coup de Main, qui travaille avec les populations Rroms et Roumaines, le directeur de la Propreté de Plaine Commune et un socio-économiste du CNRS et auteur de livres sur les aspects sociaux de la gestion des déchets.  Devant un public de 80 acteurs et citoyens, ces intervenants ont, tour à tour, exposé leur expérience de terrain, en France et ailleurs, que cela soit d’un point de vue d’un travailleur, chercheur, cadre d’association et de collectivité territoriale, et présenté leurs idées pour promouvoir une gestion plus sociale et démocratique des déchets.

Les échanges qui ont poursuivi avec la salle étaient particulièrement riches et ont confirmé que les expériences et réactions du Sud peuvent nous apporter beaucoup dans notre réflexion ici.  Les brésiliens ont souligné qu’il est choquant de voir autant de matériaux partir à l’incinération, en face des possibilités d’emploi représentées par le recyclage et le réemploi de ces mêmes matériaux.  Leurs témoignages sur l’évolution de la législation et les politiques publiques locales quant à l’intégration des recycleurs populaires au Brésil ont renforcé le courage des acteurs publics français pour aller plus loin dans le développement de clauses sociales et d’insertion dans les marchés publics.  Les biffins dans la salle nous ont rappelé que, si les grands acteurs de l’économie sociale et solidaire, tels Emmaüs, Envie et le réseau des Ressourceries, ont réussi a prendre une place dans le secteur des déchets, il existe bien des blocages pour les acteurs moins structurés.  Le débat est ouvert, mais il reste du chemin à faire…

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