En 2015, le Brésil a connu la plus grande catastrophe environnementale liée à l’activité extractive au monde à ce jour. La rupture du barrage de déchets miniers de Mariana (Minas Gerais), propriété de Samarco, a entrainé le 5 novembre de cette année-là le déversement de près de 60 millions de mètres cubes de boues polluées aux métaux lourds dans les eaux du Rio Doce. Bilan : 19 morts, plusieurs dizaines de villages détruits, et 3,5 millions de personnes privées d’eau et exposées à d’importants risques sanitaires. A cela s’ajoute la destruction à long terme de la faune et de la flore locales, ainsi que la déstabilisation profonde des écosystèmes et de l’organisation socio-culturelle et économique des peuples de la région.

Des dégâts massifs et irréversibles qui n’ont pourtant  pas servi de leçon, ni au Brésil, où l’entreprise responsable jouit toujours d’une parfaite impunité et les grands projets miniers continuent de fleurir, ni ailleurs.

Le 4 juin 2018, à Urique au Mexique (État du Chihuahua), une digue de contention de résidus miniers s’est également rompue. Le flot blanc de déchets a emporté sur son passage ouvriers (bilan provisoire de 3 morts et 18 disparus), infrastructures et matériel, sans compter des conséquences environnementales de grande ampleur.

Chihuahua

Loin des besoins et droits fondamentaux des populations locales, ce sont les intérêts privés et financiers qui forment toujours la pierre angulaire du système extractiviste, quitte à en faire payer le lourd tribut à la nature et aux riverains. La poursuite effrénée du gain et des réductions de coûts conduit les compagnies à prendre délibérément des risques inconsidérés. Les projets extractivistes ne tiennent compte ni de la nature géologique des sols, ni des caractéristiques climatiques des zones d’implantation de leurs sites, ni des normes internationales en vigueur.

A Mariana, la compagnie Samarco avait connaissance dès 2013 des risques de rupture imminente de son barrage, dus à des dysfonctionnements des équipements et à des irrégularités dans le choix des matériaux employés pour la modernisation du barrage.

Plus récemment, en Colombie, le projet d’Hidroituango, duquel doit émerger la plus grande centrale hydroélectrique du pays, menace de s’effondrer depuis le 12 mai 2018, alors même que sa construction n’est pas encore achevée. L’infrastructure met en péril 130 000 personnes, exposées au déferlement des eaux en cas de rupture. 25 000 individus ont d’ores et déjà dû être momentanément évacués.

Non-respect des normes, rétention d’information, dysfonctionnement des systèmes de surveillance et d’alerte,… Les catastrophes provoquées par les activités extractives, loin d’être naturelles, sont le résultat de choix opérés sciemment par les compagnies, parfaitement au fait des dangers qu’elles font courir aux populations concernées. La responsabilité des compagnies a été prouvée à maintes reprises malgré les tentatives de dissimulation. Le rôle moteur des entreprises et leur négligence conduit France Libertés à dénoncer des crimes et non des accidents, pour ne pas nourrir l’impunité des responsables appelés à répondre de leurs actes. La Fondation soutient notamment dans cette démarche le peuple Krenak, Peuple Autochtone brésilien en résistance depuis 2015 face à l’impunité de Samarco.

Le système extractiviste est fondamentalement destructeur, de par la nature même de ses activités. Les dégâts environnementaux inévitables liés à leur fonctionnement, souvent massifs et irréversibles, rendent caduques les promesses de résilience des entreprises.

La compagnie Montagne d’or en Guyane assure que son projet éponyme de mine d’or à ciel ouvert, couvrant une surface déboisée grande comme 2161 stades de foot (1513 hectares) localisée entre deux espaces naturels protégés d’Amazonie, n’aura aucun impact environnemental qui ne puisse être maîtrisé. Les 46 500 tonnes de cyanures et 195 millions de litres de fuel nécessaires à l’exploitation de 54 millions de tonnes de minerai en 12 ans (pour seulement 85 tonnes d’or au total) laissent pourtant raisonnablement imaginer le contraire.

Là encore, la résistance civile s’est mise en place contre l’aberration d’un tel projet, en Guyane comme dans l’hexagone. Rejoignez le mouvement en participant aux côtés de France Libertés et d’autres organisations à la mobilisation contre Montagne de d’or, organisée le samedi 16 juin place de la République.

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