Du 11 février au 18 septembre 2022 au Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère à Grenoble, venez découvrir l’exposition « Nature en soi, Nature en droit » qui invite le visiteur à une rencontre sensible, immersive et pédagogique avec la Nature et ses gardiens.

Pendant près de deux ans la Fondation Danielle Mitterrand a accompagné les réflexions puis concrétisations autour de ce projet d’exposition porté par le musée isérois et nos partenaires, la juriste spécialiste des droits de la nature et de l’écocide Valérie Cabanes et le réalisateur Corto Fajal. Outre un soutien financier, la Fondation s’est également engagée à rendre accessible une partie des contenus de l’exposition (à travers un format itinérant) à d’autres acteurs qui voudraient faire connaitre et porter le sujet dans leurs territoires.

Comme le résume bien Corto Fajal, en charge de la création artistique, le thème principal de l’exposition est « la reconnaissance de la nature comme sujet de droit » avec l’idée « de soutenir ce statut juridique en abordant la Nature sous l’angle sensible et organique: sensible, dans le sens « réveilleur » de sens, et organique au sens de ce qui organise la vie ». A travers l’exposition « Nature en soi, Nature en droit », ce qui est proposé c’est une immersion dans la beauté d’écosystèmes forestiers et aquatiques européens où ces démarches de droits de la nature émergent. C’est aussi une rencontre avec celles et ceux qui se mobilisent pour défendre leurs milieux de vie afin de comprendre leur démarche et ce qui les anime.

Dans l’exposition vous partirez à la découverte de la Loire, de sa source à son estuaire ; de la forêt des Carpates en Roumanie ; du Rhône, du glacier à la Camargue ; de la forêt boréale en Suède ; du fleuve Tavignanu en Corse ; de l’Irlande du Nord ; de la plus ancienne forêt primaire d’Europe située à Białowieża en Pologne ; et de la mer des Wadden. Les focus sur ces initiatives européennes vous permettront d’écouter la voix de celles et ceux qui cherchent à défendre ces écosystèmes et à faire advenir d’autres relations au vivant. Chaque initiative européenne est mise en parallèle avec une ou plusieurs reconnaissances effectives de la personnalité juridique à des écosystèmes ailleurs dans le monde. Comme l’explique Valérie Cabanes « Cette révolution juridique qui vise à reconnaître les espèces et systèmes vivants comme sujets de droit est en cours à travers le monde, l’Europe commençant tout juste à y songer ou à l’expérimenter […] Pour croire à ce changement de paradigme, il était important de montrer que ce qui bourgeonne en Europe a déjà fleuri ailleurs dans le Monde. »

La Fondation est ainsi ravie de soutenir cette exposition qui part à la rencontre des acteurs et actrices de ce changement de paradigme qui se concrétise déjà sur le terrain. Ce que l’on remarque dans l’exposition, c’est l’attachement des personnes mobilisées à leur milieu de vie et la conscience viscérale des liens d’interdépendance comme le souligne très bien Corto Fajal : « J’ai eu la sensation à travers cet angle du sensible, de rencontrer ce que j’appelle des « nouveaux gardiens ». En quoi sont-ils nouveaux ? Justement par cette reconnexion avec la Nature, et le soin qu’ils mettent à réparer ces multiples coupures. Elle n’est plus vécue de manière paysagère, posturale, fonctionnelle mais dans une relation organique et nourricière de l’âme et des pensées… ».

Pour la Fondation l’idée de « droits de la nature » est un concept particulièrement puissant pour repenser notre relation au vivant. En sortant les humains de la nature, on est devenu maître et possesseur de la nature qu’on peut aménager, exploiter, s’approprier par morceaux, faire travailler… Pour ce système de pensée, que nous dénonçons et appelons à dépasser, la nature est définie comme tout ce qui est extérieur aux humains. Or ce rapport au vivant est clairement néfaste : il met en péril les fragiles équilibres qui conditionnent l’habitabilité de la Terre. Une véritable révolution de notre manière de penser, percevoir et interagir avec le vivant est nécessaire au vu du ravage planétaire en cours.

Les droits de la nature supposent justement de rompre avec l’idée d’une séparation entre l’Homme et la Nature et de considérer les éléments naturels pour ce qu’ils sont (valeur intrinsèque) et non pour ce qu’ils peuvent nous apporter. Reconnaitre des droits à la nature, c’est dénoncer concrètement ce rapport spécifique au monde, et se voulant être LE seul, qui cause le ravage planétaire. La Fondation l’a toujours affirmé haut et fort, nous, humains, faisons partie du vivant. La relation doit être au cœur de nos éthiques et actions comme reflet des interdépendances et des façons diverses de se relier ENTRE humains et AVEC les autres qu’humains. La question écologique se pose alors non plus comme un enjeu séparé des autres sphères puisqu’elle exige de penser la composition du monde, au sens de penser les manières de se relier et d’habiter ensemble ce foyer commun qu’est la Terre.

Nature en soi, Nature en droit
Du 11 février 2022 au 18 septembre 2022 /
Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère
14 Rue Hébert, 38000 Grenob
Plus d’informations ICI

Marion VEBER
Chargé de programme Vivant et Commun(s)

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