Les peuples autochtones font face à de nombreuses menaces mettant à mal leurs modes de vie et bafouant leurs droits. Il est toutefois très réducteur de les voir simplement comme des victimes. Ces peuples se mobilisent en effet fortement pour protéger leurs territoires, valoriser leurs cultures et faire respecter leurs droits. Ils agissent depuis plusieurs années jusque dans les instances internationales pour dénoncer les violations de leurs droits mais aussi pour y porter leurs messages et solutions face aux grands défis actuels, au premier rang desquels le changement climatique.

Ce refus de la victimisation des peuples autochtones et la mise en valeur au contraire de leurs mobilisations et savoirs traditionnels est au cœur du jeu que France Libertés vient de sortir en partenariat avec Les Petits Citoyens et Léo Lagrange. Otoktonia est un jeu de société coopératif dans lequel les joueurs tentent ensemble de maintenir les équilibres qui permettent la vie sur Terre en éliminant les menaces arrivant sur le plateau de jeu (changement climatique, destruction des forets, extractivisme, agriculture intensive…). Pour ce faire, les joueurs vont appeler au secours les peuples autochtones à travers la planète et plonger dans l’enseignement de ces peuples, écouter et observer leur rapport au monde.

Pour encore mieux comprendre et sensibiliser autour de ces questions, nous participons en ce moment-même à la 16ème session de l’Instance permanente sur les questions autochtones, au siège des Nations Unies, à New York. Durant deux semaines les peuples autochtones du monde entier ont la possibilité de venir témoigner et relayer leurs combats et participer à l’élaboration de recommandations sur les questions autochtones. Cette année la thématique de l’Instance porte sur les dix ans de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Adoptée le 13 septembre 2007 après plus de vingt ans de discussions entre Etats, experts et peuples autochtones, la déclaration est l’instrument international le plus poussé à ce jour mais reste toutefois non contraignant. La 16e session est l’occasion de faire un bilan de la mise en œuvre concrète des droits contenus dans cette déclaration en identifiant les bonnes pratiques mais aussi les obstacles à leur application. France Libertés organisera en septembre à Paris un grand colloque sur ce même sujet. Une question d’autant plus importante que la France ne reconnait pas ses peuples autochtones et ralentit même les négociations internationales sur ces problématiques invoquant l’indivisibilité du peuple français. Lors de cet événement, nous nous attacherons à rappeler la France à l’ordre comme l’a fait en 23 février dernier la Commission nationale consultative sur les droits de l’Homme.

L’exploitation effrénée des ressources naturelles est l’une des problématiques majeures soulevées ces derniers jours à New York. France Libertés agit depuis de nombreuses années pour faire connaitre les rouages du système extractiviste et ses conséquences environnementales et sociales dévastatrices partout sur la planète. La Fondation vient aussi en appui à certaines communautés sur le terrain. Les projets de pipelines, gaz de schistes ou encore mines d’or génèrent de graves atteintes aux droits humains en particulier le droit à l’eau, à la santé, à l’alimentation et  à un environnement sain. Les États ne sont pas prêts à arrêter leurs pratiques colonialistes envers ces peuples, préférant au contraire détruite et réduire au silence la grande diversité culturelle autochtone.

Plusieurs militants de Standing Rock sont venus témoigner à New York de leur lutte contre le « serpent noir », le Dakota Access Pipeline. La résistance à ce projet est devenue planétaire. Société civile, peuples autochtones, personnalités etc. se positionnent à leurs côtés pour dénoncer l’imposition de ces projets extractivistes et pour souligner l’incohérence de tels projets face à l’urgence climatique. France Libertés et plus de 500 organisations de 50 pays ont publié une lettre ouverte pour demander aux banques d’arrêter de financer cet oléoduc géant.

Le projet de mine d’or à l’échelle industrielle Montagne d’or en Guyane démontre là encore de l’aberration de ces projets climaticides. Si elle voyait le jour, cette mine d’or serait la plus grande jamais réalisée en France. Elle se situe  en  outre entre deux réserves intégrales de biodiversité en pleine forêt amazonienne. C’est pourquoi, France Libertés se tient aux côtés du collectif Or de question qui rassemble un large panel d’acteurs guyanais comprenant, entre autres, des associations environnementales et des structures autochtones. Plus de 100 organisations du monde entier ont rejoint l’opposition à Montagne d’or et demandent un moratoire sur l’exploitation minière à grande échelle en Guyane.

Ainsi au-delà des manquements des Etats, les entreprises jouent un rôle majeur dans les violations des droits humains. Un groupe de travail intergouvernemental oeuvre au sein de l’ONU à la mise en place d’un instrument international contraignant relatif aux entreprises et aux droits humains. Quant à la société civile, le tribunal de Monsanto a appelé le 18 avril dernier à ce que le système d’impunité des entreprises transnationales et de leurs dirigeants cesse et que les droits de l’homme et de l’environnement aient la primauté.

Les peuples autochtones n’ont de cesse d’appeler à l’application du consentement préalable, libre et éclairé reconnu dans plusieurs articles de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. C’est la clé du respect d’un grand nombre de leurs droits, au premier rang desquels leur droit à l’autodétermination. Ils doivent pouvoir dire non à tout projet menaçant leur mode de vie et droits fondamentaux. A ce sujet, rappelons que la consultation n’est pas le consentement !

 

Notre dernière publication Stop aux zones de sacrifice ! Pour des alternatives à notre système prédateur des ressources naturelles souligne l’importance de dépasser l’extractivisme. Dans cette recherche de nouveau modèle de société, les peuples autochtones sont des acteurs majeurs de la construction d’alternatives. Ils invitent  à nous interroger sur le monde dans lequel nous souhaitons vivre et celui que nous laisserons aux générations futures. Par leurs modes de vie et les philosophies qui les fondent, les peuples autochtones nous apportent des clés pour repenser nos sociétés malades de l’extractivisme et de consumérisme.

Voir aussi