Décryptage de « l’Appel de Dakar »

La semaine dernière s’est déroulé à Dakar le Forum Social Mondial (FSM). Si ce rendez vous avait pour thème principal les migrations, de nombreux sujets ont été abordés, notamment la question de la gestion de l’eau. Plusieurs ateliers ont donc eu lieu pour parler de cette thématique et, au final, un grand nombre d’acteurs du Sud comme du Nord du monde se sont retrouvés le dernier jour lors d’une « Assemblée pour l’action » afin de lancer « l’Appel de Dakar pour le Forum Alternatif Mondial de l’Eau à Marseille en 2012 ». Un texte descendant en droite ligne de « l’Appel de Marseille » lancé en octobre dernier et qui demandait l’organisation d’un Forum Alternatif Mondial de l’Eau (FAME) en amont du Forum Mondial de l’Eau. Le FSM était donc une excellente occasion de promouvoir et d’amplifier cet appel afin d’intéresser et d’intégrer de nouveaux participants venant de tous les continents.

Depuis plusieurs années la question du droit d’accès à l’eau a mobilisé des populations partout dans le monde. En juillet et en octobre dernier, l’ONU puis le Conseil des Droits de l’Homme ont officiellement reconnu le droit à l’accès à l’eau et à l’assainissement comme un droit fondamental.

Face à ce mouvement populaire et à ces déclarations internationales, la seule organisation censée gérer cette question au niveau mondial, le Conseil Mondial de l’Eau (CME), est présidé et financé par les multinationales du secteur. En effet, Loïc Fauchon, PDG de la Société des Eaux de Marseille, filiale de Véolia est aussi le président du CME. Le Forum Mondial de l’Eau qu’ils organiseront à Marseille en mars 2012 servira donc à promouvoir le modèle français qui repose sur la privatisation de la gestion de l’eau. Face à ce conflit d’intérêt, l’Appel lancé à Dakar veut proposer une alternative concrète et pragmatique à cette solution uniquement marchande.

En effet, même si certains pays ont intégrés le droit à l’eau et à l’assainissement dans leur constitution ou leur législation, en réalité il n’est pas effectif puisque les règlementations restent des déclarations de principe et ne sont pas contraignantes. Les instances internationales n’ont donc aucun moyen de faire respecter ce droit. Les Etats, face à des intérêts économiques importants, oublient simplement d’appliquer leurs propres règles. Pour remédier à cette situation, nous invitons l’ensemble des participants à réfléchir à des sanctions efficaces et applicables.

En France et ailleurs, de plus en plus d’élus se mobilisent à tous les niveaux pour lutter contre la marchandisation de l’eau et permettre un retour en régie ou une gestion communautaire et participative inspirée du principe des « Biens Communs ». Ce Forum Alternatif Mondial de l’Eau doit avoir pour objectif de multiplier et d’étendre les réseaux d’élus et de collectivités territoriales sensibilisés à la question de la gestion de l’eau. Ce n’est qu’ainsi que nous « pourrons porter nos exigences dans l’agenda politique à tous les niveaux.»

assemblee_pour_laction2.jpgMais le FAME doit également servir à formuler un ensemble de revendications communes. A l’heure actuelle, il existe de nombreux exemples de gestion transparente démocratique et soutenable (cf. article « atelier FSM de Dakar : L’Afrique, terre d’exemples pour la bonne gouvernance de l’eau.»). C’est pourquoi nous souhaitons faire de cet alter-forum « une plate-forme d’expression et de convergence de l’ensemble des luttes, des expériences et des réalisations menées dans la perspective d’un droit effectif à l’eau et à l’assainissement» C’est en valorisant des solutions, illustrées sur le terrain, que nous pourrons proposer une alternative crédible au système actuel basé sur la marchandisation de la ressource. C’est pourquoi les associations, les mouvements sociaux et les autorités locales cherchent à établir les principes d’une bonne gouvernance au sein de laquelle l’eau est considérée comme un « Bien Commun » et sort donc du système de l’économie de marché.

C’est grâce à des opportunités telles que le FSM de Dakar, que l’ensemble des organisateurs du FAME peuvent créer un espace de réflexions communes et proposer des solutions viables faisant émerger les bonnes pratiques. C’est en travaillant ensemble sur le fond comme sur la forme que nous pourront être efficace et répondre aux prochaines échéances, celles de  mars 2012 comme les suivantes.

Télécharger « l’Appel de Dakar »
appeldedakarfinal-2.pdf

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