Réduire les gaspillages dans le réseau

900 000, c’est le total de kilomètres de canalisations d’eau potable en France, dont environ 50% seraient antérieures à 1972 ! (Source : rapport Cador, 2002). Selon l’observatoire national des services d’eau et d’assainissement et l’Association scientifique et technique pour l’eau et l’environnement (ASTEE), les fuites d’eau sur le réseau français représentent en moyenne 22% et peuvent atteindre jusqu’à 40%. Cependant, les fuites qui se produisent sur le réseau privé ne sont pas prises en compte dans l’évaluation des pertes.
Le service Observation et statistiques de l’environnement (SoeS) estime à environ 1.3 milliard de mètres cubes le coût de ce gâchis d’eau par an, ce qui correspondrait à des pertes de 190 000 litres d’eau toutes les 5 secondes.

Chaque jour, 3,5 millions de mètres cubes sont ainsi prélevés dans les rivières et les nappes puis traités inutilement, puisque cette eau n’arrive jamais jusqu'à l’usager. Indirectement, le coût du traitement lui est pourtant facturé…

Les causes sont multiples (conditions de pose, nature du terrain, qualité de l’eau, âge des conduites, environnement du réseau, etc.) et les conséquences ne sont pas uniquement économiques. L’impact est dramatique pour les prélèvements de la ressource dans le milieu naturel, déjà fragilisé par les pollutions et les fortes demandes.

Face à de tels constats, l’encadrement réglementaire devient indispensable. Le Grenelle de l’Environnement avait proposé de mettre l’accent sur la gestion patrimoniale afin d’améliorer le rendement des réseaux.
L’article 27 de la loi Grenelle 1 prévoit le lancement d’une action spécifique pour généraliser la détection des fuites dans les réseaux et programmer les travaux nécessaires.

De leurs côtés, les Agences de l’eau proposent des aides techniques et financières aux collectivités pour les inciter à réduire leurs pertes en réseaux.
La loi Grenelle 2 prévoit un inventaire détaillé des réseaux des communes d’ici à 2013. Encore faut-il que cet inventaire serve à quelque chose… Il doit nous amener à dégager les moyens de financer l'indispensable rénovation du réseau.

Les lois existent. Il importe aujourd’hui aux élus de les appliquer localement de façon efficiente. Aujourd'hui, gaspiller 20 % de la production n'est plus tolérable. Le texte d'application, un décret du 27 janvier 2012, prévoit des sanctions efficaces à l'encontre de ceux qui n'agiraient pas pour réduire le taux de perte au-delà d'un certain seuil.

L’association des canalisateurs de France estime à 1.5 milliard d’euros par an le coût pour réduire un quart des pertes. Selon Marc Reneaume, directeur général adjoint de Veolia Eau, le renouvellement d'un kilomètre de réseau coûterait en moyenne 150.000 euros, soit 150 fois plus que la réparation d'une fuite.

Mais à qui profitent ces sommes investies ? Tout est dit : les opérateurs privés, devant se contenter de contrats à « durée déterminée », préfèrent investir dans des domaines qui leur rapporteront sur le court terme. Toutefois, cette « responsabilité » est partagée avec les élus qui, en tant que responsables du service public, sont garants d’une bonne gestion de l’eau dans l’intérêt général.

Et qui doit payer la facture ? Les contribuables et les usagers de l’eau. Toutefois, rappelons que les consommateurs ont déjà payé une partie de la facture : jusqu'en 1998, sur chaque facture d'eau, une somme était prélevée par les entreprises du secteur (Veolia, Suez, Saur) pour réparer les réseaux. Cependant, une partie de cette somme n’aurait pas été dépensée pour les travaux.

Une fois de plus, les intérêts financiers et de court terme passent devant l’intérêt écologique de préservation de l’eau, notre bien commun. Pour atteindre un réel changement, le retour à une bonne gestion entièrement publique du service est une solution. Lorsque l’entretien est effectué sous régie publique, la perte d’eau par les fuites se situe entre 3% et 12%, contre 17% à 27% en gestion privée.
 

Halte aux gaspillages : une opération virale pour sensibiliser l’opinion

 

60 millions de consommateurs et France Libertés se mobilisent pour économiser l’eau.

Un gif animé, diffusé sur Internet, permet de faire prendre conscience aux citoyens que l'eau est un bien qu'on ne peut plus gaspiller. L'animation dure cinq secondes, et se termine par le slogan : « Toutes les 5 secondes, 190 000 litres d’eau sont gaspillés. Réagissez ! ».

Les collectivités ne sont pas les seules utilisatrices d’eau potable. Le particulier a lui aussi sont rôle à jouer et les citoyens en sont bien conscients : 87 % des Français se disent «attentifs à la quantité d’eau utilisée à leur domicile» (baromètre C.I.EAU / TNS Sofres 2010). Mais ils peuvent faire plus, puisque :

Les fuites demeurent nombreuses à l'intérieur des logements (le CSTB les évalue à 20 % de la consommation) ;
27 % des consommateurs seulement sont équipés d’appareils ou d’équipements économiseurs d’eau (baromètre C.I.EAU / TNS Sofres 2010).
 
Un ménage français consacre environ 60 % de son eau à l’hygiène (corporelle et domestique) et à l’évacuation des toilettes. C'est donc sur ce poste que les économies possibles sont les plus importantes.

Une étude de 60 millions de consommateurs, publiée dans le numéro de juillet/août 2011, montre ainsi que le simple fait de changer de douchettes, d'adapter ses robinets et sa chasse d'eau permet à une famille de 4 personnes d'économiser environ 50 m3 par an, soit 150 à 200 € !
 

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