Cet article est le sixième de la série "France Libertés fête ses 30 ans"
Chapitre 1 : Les Jummas, le peuple oublié
Chapitre 2 : La biopiraterie au coeur des combats de France Libertés
Chapitre 3 : Le droit à l'eau pour tous, un engagement d'hier et d'aujourd'hui (1/2)
Chapitre 4 : Le droit à l'eau pour tous, un engagement d'hier et d'aujourd'hui (2/2)
Chapitre 5 : Racisme, discrimination et exclusion : 30 ans d'action
Chapitre 7 : La défense des droits des peuples à l'autodétermination

Elle décide alors, contre l’avis de tous, de s’engager à fond dans une opération de « diplomatie parallèle » dictée uniquement par la pitié, l’amour et la révolte. Dès octobre 1989, contre l’avis des diplomates et en dépit d’une colère délirante de Saddam Hussein, Danielle organise à Paris un Colloque « Les kurdes : l’identité culturelle, le respect des droits de l’homme » réunissant des représentants de plus de 20 pays. Un intitulé qui faisait autant référence à l’anniversaire de la déclaration des droits de l’homme qu’à la situation des Kurdes… C’est dire avec quelle prudence il fallait aborder le sujet ! Mais quand Danielle prit la parole, plus de prudence :

« Je suis fière d’être présente auprès de nos amis kurdes quand ils défendent leur identité et revendiquent leur patrimoine culturel »

et, plus loin,

« sans pause ni trêve France Libertés et sa présidente parleront pour ces femmes et ces enfants parqués dans des camps, dont le seul crime est d’être kurdes »… « Sans pause ni trêve je défendrai le droit de s’exprimer, le droit de se réunir, le droit de proposer… je hais les armes et la violence parce que la force de l’homme juste est dans son pouvoir de dire, de témoigner, de convaincre et d’organiser la solidarité en réponse à la répression… »

Un cri d’alarme bien inhabituel dans la bouche d’une Première Dame en exercice !

Puis ce fut, en 1989 et 1990, l’invitation et accueil en France de près de 1000 réfugiés kurdes en plein accord avec le Président et le Gouvernement. L’opinion publique prit l’habitude de tourner les yeux vers le Kurdistan et Danielle décida en avril 1991 de rencontrer ce peuple martyr sur place et dans le pire moment de son histoire, sur les chemins de l’exode fuyant les persécutions de Saddam Hussein. Elle fut accueillie clandestinement sur la frontière iranienne, à Haj Omaran par les dirigeants de la résistance kurde dont Massoud Barzani sur une bande de terrain réputée déminée… Avec le recul on comprend que l’admiration des Kurdes pour Danielle est à la hauteur de son intrépidité.

Danielle Mitterrand et Massoud Barzani
 

C’est, clairement, sous la pression de Danielle Mitterrand que la France a pu, enfin, jouer un rôle indispensable à l’adoption de la résolution 688 pour assurer la protection du Kurdistan et l’évacuation des troupes de Saddam. En juillet 1992 Danielle était présente à Erbil, parmi ses amis kurdes, pour assister à la constitution du premier gouvernement d’union nationale. Au cours de ce déplacement elle fut victime d’un attentat qui fit plusieurs morts.

C’est à partir de cette date que la Fondation France Libertés s’impliqua pendant près de 10 ans dans une action prioritaire : participer à la reconstruction d’un pays ravagé, endeuillé, sans villages, sans écoles, sans hôpitaux. Pour assurer la rentrée scolaire de 1992, la Fondation fit imprimer en France, à l’Imprimerie Nationale, des centaines de milliers de manuels scolaires acheminés par camions. Il en fut de même pour la reconstruction des écoles et l’aide alimentaire qui mobilisa toutes les énergies et les réseaux de la Fondation.

2002

Dans la poursuite des actions d’aide humanitaire menées par la Fondation France Libertés au Kurdistan jusqu’en 2000, une nouvelle relation s’est établie à partir de 2009 sur le thème de l’éducation populaire. Cette relation s’est affirmée avec l’inauguration en 2009 de deux écoles « Danielle Mitterrand » à Erbil et Soulaymanié; un partenariat officiel du Gouvernement du Kurdistan irakien pour la conception et la mise en place d’une politique de la jeunesse en mars 2012 ; la réalisation sur le terrain d’une expertise des moyens et personnels disponibles en juillet 2013; un partenariat officiel avec la Fédération d’éducation populaire Léo Lagrange en octobre 2014; la réalisation de deux ateliers de formation à l’animation périscolaire et extrascolaire en 2015 à Soulaymanié et à Bardarash et la création en France d’une association Kurdistan libertés Danielle Mitterrand en janvier 2015.

Suite à une mission d’expertise organisée par le Ministère des Affaires Etrangères en juin 2015, une formation spécifique d’animateurs a été mise en place au sein du camp de réfugiés de Bardarash en juin 2016.

2016

Enfin, le 1er septembre 2016 la Fondation est engagée dans un programme ambitieux et innovant de promotion de l’éducation non formelle au profit des enfants réfugiés et des jeunes kurdes sur le territoire du Kurdistan-Irak. Ce programme, soutenu par l’Agence Française de développement et auquel est associé la Fédération Léo Lagrange, permettra pendant 3 ans d’intervenir avec les méthodes de l’éducation populaire pour assurer dans les camps de réfugiés la prise en charge spécifique des enfants. Ceux-ci sont en effet le plus souvent livrés à eux même dans un univers « hors sol » de promiscuité violente et d’intolérance où le « vivre ensemble » ne s’institue que dans le rapport de force. Ces conditions de vie qui incitent au repli sur soi et à la passivité ne peuvent que renforcer des attitudes communautaristes contre-productives et fatalistes, sources de déstructuration sociale, de souffrances psychiques et de revendications communautaristes.

A cette fin la Fondation France Libertés et la Fédération Léo Lagrange s’impliquent dans la formation et encadrement d’animateurs volontaires pour lutter contre les causes et les conséquences des déstructurations psychosociales et mettre en place des moyens de résilience nécessaires au retour à une vie apaisée.

C’est ainsi que, par delà son devoir historique de témoignage et de plaidoyer, la Fondation poursuit avec d’autres méthodes son engagement auprès de ses amis kurdes qui ont fait de leur pays non seulement un rempart contre la barbarie mais aussi une terre d’asile exemplaire.

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