Le peuple Jummas et Danielle Mitterrand 

 

Arrivée et accueil des enfants Jummas à l’aéroport de Roissy en 1987

Le 6 octobre 1987, 72 jeunes Jummas du Bangladesh, exfiltrés d’un camp de réfugiés en Inde, arrivent en France et sont confiés provisoirement à des familles françaises. Ils ont entre 6 et 14 ans. C’est l’aboutissement d’une longue histoire où Danielle Mitterrand a joué un rôle décisif.

En 1986, ces enfants étaient scolarisés dans un orphelinat bouddhiste à Parbattya dans les Chittagong Hill Tracts, seule région de colline du Bangladesh. Ils y vivaient alors une situation de grande insécurité. En effet, le gouvernement du Bangladesh avait décidé en 1978 d’envoyer dans cette région, peuplée d’environ 400.000 Jummas près de 300.000 « colons » bengalis venus des plaines voisines. Ceux-ci occupent des terres la plupart du temps cultivées par des Jummas qui pratiquent des formes d’agriculture itinérante (le jum). Cela provoque la colère des populations autochtones et se traduit par une guerre civile qui va durer de 1978 à 1997.

Au cœur de cette guerre, le 13 juin 1986, alors que les villages alentour sont incendiés par les colons bengalis, sous le regard bienveillant de l’armée, l’orphelinat est encerclé par les militaires. Très inquiets pour les enfants, les moines s’enfuient de nuit avec eux dans la forêt voisine avec une partie des villageois jummas. D’errance en errance, poursuivis par l’armée, ils finissent par franchir la frontière indienne. L’Inde les repousse d’abord puis finit par les regrouper dans des camps improvisés dont elle refuse l’accès à toute ONG.

Embarquement des enfants Jummas

L’association française « Partage avec les enfants du Tiers-Monde » qui parrainait la scolarité de ces enfants se scandalise de cette situation. Son président contacte alors Mère Teresa, puis Danielle Mitterrand. Ne trouvant pas de solution en Inde, l’association finit par imaginer que ces enfants pourraient être accueillis par des familles françaises le temps que la situation s’apaise. Le soutien de Danielle Mitterrand est décisif.

 

En octobre 1986 elle lance l’appel suivant à la télévision :

« les Hill Tracts sont une région du Bangladesh où se déroule un drame. C’est tout simplement un génocide […] Ces enfants ont dû fuir à la suite d’un massacre. Ils sont maintenant dans des camps en Inde. […]Il faudrait donc que ces enfants puissent être sauvés, parce que si on les renvoie c’est la mort assurée. […] Voilà l’appel que je fais pour que ces cent-cinquante-quatre enfants que les familles attendent puissent avoir l’autorisation de rentrer dans notre pays ».

Après de longues tractations, entre France Inde et Bangladesh, 72 de ces enfants (les plus jeunes) arrivent à Roissy en présence du Secrétaire d’État aux droits de l’Homme C. Malhuret. Mais ce qui devait n’être que provisoire devient définitif, car la guerre va durer encore 10 ans.

Arun aux côtés de sa mère Jummas

Commence alors pour ces 72 Jummas une nouvelle histoire, celle d’une intégration réussie en France, combinée avec le maintien de leur lien avec leur pays d’origine. Réussie parce la moitié d’entre eux a atteint le niveau du bac et la plupart ont actuellement un emploi stable. Un seul d’entre eux s’est réinstallé au Bangladesh.   Les liens ont dans la plupart des cas étaient maintenus avec leurs familles jummas qu’ils aident depuis la France, individuellement ou/et par le biais d’associations. Les trois quart d’entre eux se sont mariés avec des femmes jummas rencontrées lors des voyages qu’ils ont faits après 1997 pour retrouver leurs familles.

Danielle Mitterrand serait fière de voir ce que la plupart d’entre eux sont devenus et d’observer que la qualité de l’accueil des réfugiés et un facteur décisif pour leur intégration.

 

Témoignage de Paul Nicolas,  professeur agrégé de géographie qui a réalisé sa thèse sur l’histoire du peuple Jummas

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