Pour Danielle Mitterrand, c’était le combat de l’évidence : l’eau se partage, l’eau n’est pas une marchandise mais un bien commun, l’eau c’est la vie et la vie vaut plus que tout l’or du monde.

Pourtant en France, au-delà des discours, la mise en œuvre économique du service public de l’eau prime trop souvent sur ce droit fondamental. L’argument de la mauvaise foi des usagers du service public de l’eau est trop souvent utilisé par les entreprises de l’eau alors que nombre de familles voudraient payer leurs factures mais ne le peuvent tout simplement pas et doivent être aidées.

Comment un pays peut-il faire société s’il ne partage pas l’eau ?

Derrière cette question se cache une dimension économique hégémonique. En tant que société, nous n’abordons plus l’eau sous un angle social de partage, avec l’objectif que chacun puisse vivre dignement, mais sous l’angle de la rentabilité financière d’un service pourtant essentiel. Que des enfants soient privés d’eau importe peu tant que le budget du service de l’eau est équilibré et que les dividendes sont au rendez-vous des actionnaires.

Alors que la loi interdit les coupures d’eau en France depuis 2013, une majorité des acteurs de l’eau refusait notre approche sociale. Il a fallu obtenir le soutien des juges (13 condamnations de distributeurs d’eau en 3 ans) puis des sages du Conseil constitutionnel (décision du 29 mai 2015) : oui, l’eau est un bien commun qui permet de vivre dignement et doit être accessible à tous.

Comment faire du droit à l’eau une réalité en France ?

Malgré ces victoires, le combat n’est pas terminé. Les coupures d’eau et les réductions de débit d’eau pour impayés se poursuivent. Pour ces multinationales, les familles ne sont que des numéros de factures à recouvrir. Dans le système, ces familles n’ont pas d’existence réelle. Pour preuve, le fait d’éclairer les situations précises de foyers dont l’eau est coupée ou dont le débit est réduit parce qu’une facture de quelques dizaines d’euros est restée impayée amène les services clients à revoir leur position et à rétablir l’alimentation en eau de ces familles.

Mais si les témoignages que nous leur transmettons suscitent une réaction immédiate et positive de la part des distributeurs, le système ne change pas. Pour les multinationales de l’eau, le droit à l’eau pour tous en France n’existe pas. Quand les multinationales de l’eau disaient défendre le droit à l’eau, Danielle Mitterrand leur répondait : «je demande le droit à l’eau pour tous. Vous, les entreprises, vous demandez le droit à l’eau pour tous… ceux qui peuvent payer». Aujourd’hui, les entreprises de l’eau n’en sont plus à défendre l’idée du droit à l’eau pour tous, elles préfèrent défendre leurs contrats.

Pour que chaque être humain puisse vivre dignement, le droit à l’eau doit devenir une réalité. Cela passe par la loi, mais aussi par la volonté de l’ensemble des acteurs de l’eau de tout faire pour réaliser cet objectif en France et dans le monde.

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