Cela commence il y a une cinquantaine d’années avec l’exode rural et la migration de nombreux paysans brésiliens dans les grandes villes. L’urbanisation a engendré le développement d’une consommation de masse, inexorablement accompagnée de la production, par les habitants de la ville, de milliers de tonnes de déchets chaque jour. Cette situation aurait exigé la mise en place rapide de plus de traitements et des milieux adéquats pour recycler, transformer et éliminer les déchets. Mais l’absence de prises de décision et d’actions concrètes des pouvoirs publics a longtemps régnée. Les déchets se sont donc accumulés dans de nombreux terrains vagues des grandes villes.

Le développement rapide de l’activité économique des villes ne profitant qu’à une infime couche de la population, certains laissés-pour-compte n’ont eu d’autres choix que de recourir soit à des activités illégales pour s’en sortir (vol, prostitution, trafic de drogues etc.) soit à la collecte des matériaux recyclables.  Durant de nombreuses années, des hommes, des femmes et trop souvent des enfants survivaient donc grâce à la collecte de certains matériaux recyclables dans les décharges publiques et dans les rues de la ville. Ils ramassaient des canettes, du carton et revendaient leur collecte à des intermédiaires contre quelques reais (monnaie brésilienne) et se nourrissaient bien souvent de ce qu’ils trouvaient dans les poubelles. Souvent sans-abri, sans travail, ces derniers se trouvaient donc exclus de la vie sociale. Car leur travail n’était pas considéré comme une profession par la société brésilienne.

Certains catadores ont alors commencé à lutter pour que d’importants changements sociaux voient le jour. Ils se sont organisés en coopératives, ce qui leur a permis d’accumuler et de revendre le matériel collecté sans passer par de nombreux intermédiaires.  En 2001, alors que plusieurs coopératives de ramassage existent déjà sur le territoire national, est fondé le Mouvement National des Catadores de Matériaux Recyclables (MNCR). Il joue non seulement un rôle important dans les revendications de cette catégorie de travailleurs, mais également dans la politique de gestion des déchets au Brésil.

Lors de son mandat, le Président Lula promulgue un décret-loi qui autorise les municipalités à employer de préférence les coopératives de recyclage – au détriment des entreprises traditionnelles – dans les services de propreté des villes. Et, le 12 août 2010, une ancienne revendication du mouvement est mise en vigueur : la loi de création de la Politique Nationale des Déchets Solides.

Toutefois, sur les 1 millions de catadores brésiliens, seulement 70 000 sont organisés en coopératives. Les autres travaillent et vivent encore dans une précarité absolue.  Aujourd’hui, les catadores organisés revendiquent une économie solidaire et populaire, dont la finalité n’est pas uniquement monétaire, mais aussi sociale et environnementale. Ils s’insèrent dans un contexte international pour engager leur propre subjectivité, en revendiquant un rôle dans le devenir de la planète (développement durable) et une alternative socio-économique face à l’exploitation des grands propriétaires, des intermédiaires de la chaîne productive et des multinationales (économie solidaire et populaire). Ils sont en train de faire d’une activité informelle, qui n’était qu’un moyen de survie, une alternative sociale, économique et écologique.

Et c’est parce qu’ils parlent enfin en leur propre nom que leur parole est en elle-même un geste d’insubordination et de résistance. Ils deviennent ainsi des acteurs politiques importants, qui alimentent le débat public et l’influence fortement, à partir de témoignages et d’expériences personnelles, que vous pourrez découvrir lors de nos 4 moments forts et notamment lors du débat public du 26 mai en présence de ces acteurs brésiliens…

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