Ils font preuve d’une grande humanité mais aussi, plus simplement, de bon sens en tant que véritables citoyens du monde. La question des migrations ne peut être abordée sous le seul angle de la peur de l’autre. Nous devons construire un monde plus humaniste qui aborde les migrations avec empathie. C’est ce qui guide l’engagement citoyen des habitants de Lampedusa.

Simone D’Ippolito a reçu le prix spécial de France Libertés au nom des citoyens de Lampedusa. Il a été envoyé par Giusi Nicolini, la maire de Lampedusa, qui n’a pas pu faire le déplacement.

Voici son témoignage : « Je m’appelle Simone D’Ippolito, je suis né en 1965 à Lampedusa. Ici, à Lampedusa, depuis 1998, j’ai un centre de plongée sous-marine qui s’appelle “Pelagos”. J’organise des cours de plongée et des excursions guidées pour des plongeurs qui ont déjà le brevet. Je connais bien les fonds marins des îles Pélages (note : Lampedusa fait partie de cet archipel). Je plonge dans ces fonds marins depuis l’âge de 15 ans et j’essaye de transmettre à mes clients l’amour de la mer et sa beauté. Je collabore, en outre, avec des instituts de recherche sur le thème de la biodiversité dans la mer méditerranéenne. »

Ce qui s’est passé le 3 octobre 2013 :  « Le 3 octobre, j’étais en train de sortir du port avec mon bateau et des plongeurs pour rejoindre le site d’immersion à Lampione, qui se trouve à peu près à 14 miles du port de Lampedusa, quand, à l’embouchure du port, nous avons croisé un des bateaux qui ramenait vers la terre les premiers survivants.
Je me suis tout de suite renseigné sur la situation et sans hésiter j’ai ramené mes clients à terre. J’ai donc rejoint avec toute mon équipe le lieu du naufrage pour prêter secours. Malheureusement, une fois arrivé sur le lieu, je n’ai trouvé aucun survivant.
La scène que j’ai sous les yeux est effroyable : des dizaines et dizaines de corps sans vie qui flottent. Je commence donc à collaborer avec les forces de l’ordre pour récupérer tous ces cadavres et nous commençons en même temps à chercher l’épave. Quelques heures plus tard nous arrivons à l’identifier. Nous sommes désormais plus nombreux, car les pécheurs de Lampedusa sont arrivés en renfort sur le site. Je plonge à presque 50 mètres de profondeur pour vérifier si l’épave repérée est bien celle que nous cherchons. Nous ne nous sommes pas trompés, le bateau qui se trouve au fond de la mer est bien celui-là. L’épave est encore pleine de centaines de cadavres d’hommes, de femmes et d'enfants.
Ce sont des scènes que je n’oublierai jamais de ma vie. Elles m’ont profondément marqué en tant qu’homme et plongeur. »

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