Suite à l’assassinat par des forces policières chiliennes d’un jeune Mapuche, France Libertés a signé une lettre à destination du président du Chili pour dénoncer la militarisation des territoires des Mapuche et leur criminalisation. Le Chili doit respecter les droits de ce peuple autochtone victime aujourd’hui de nombreux maux au premier rang desquels la discrimination et la violence étatique.

París, 27 novembre 2018

M. Sebastián PIÑERA
Président de la République du Chili
Palais de la Moneda
Santiago du Chili

Nous, soussignés associations, institutions et organisations, vous informons de notre profonde inquiétude suite à la violente et tragique perquisition survenue le mercredi 14 novembre 2018 dans la Communauté de Temucuicui qui s’est conclue par un jeune de 15 ans gravement blessé et la mort de Camilo Catrillanca, âgé de 24 ans, membre de la communauté, atteint d’une balle dans la nuque tirée dans son dos.

Dans le contexte global de violence accrue en Amérique Latine, le Chili n’est pas en reste. En effet, tout comme d’autres Etats, nous pouvons que lamenter une criminalisation chaque fois plus importante à l’encontre des mouvements sociaux, avec un usage systématique et excessif de la force publique. La récente intervention à Temucuicui du Groupe de réaction tactique des Gendarmes, au clair profil militaire, connu sous le nom de “Comando Jungla” en est un bon exemple.

Nous rejetons cette politique de criminalisation et de militarisation menée sur le territoire mapuche de même que l’application de la loi antiterroriste à l’encontre des membres de communautés. Le Chili a été condamné dans le passé par la Cour Interaméricaine des Droits Humains pour l’application de cette loi.

En relation avec ces derniers événements, nous dénonçons également les réactions des différentes autorités policières et politiques qui ont justifié la perquisition en raison d’un supposé délit de “vol de véhicules” et en ont relativisé les responsabilités tant policière que politique.

En conséquence, nous demandons que votre gouvernement lance les mesures d’urgence nécessaires à savoir :

  • a. Une enquête rigoureuse, indépendante et impartiale sur ces événements ainsi que sur les responsabilités du commandement.
  • b. Le retrait immédiat du Groupe spécial de Gendarmes de la région afin d’éviter une escalade de la violence.
  • c. Des sanctions à l’encontre des autorités policières de la région de l’Araucanie et des responsables de la perquisition.
  • d. Des sanctions à l’encontre des responsables politiques régionaux et nationaux, parmi ceux qui ont donné les ordres, notamment le ministre de l’Intérieur.

Pour notre part, nous demanderons aux institutions internationales, compétentes en matière de protection des Droits Humains, des mesures de protection en faveur des communautés mapuche situées dans la région d’Araucanie.

Dans l’attente d’une réponse positive, nous vous adressons, Monsieur le Président, nos sincères salutations.

Signent :
FRANCE-LIBERTES – Fondation Danielle Mitterrand, Marion Veber, Paris
IAAT-AICT ASOCIACION INTERNACIONAL CONTRA LA TORTURA – Genève
FRANCE AMERIQUE LATINE (FAL), Franck Gaudichaud, Président, Paris
Comité Memoria y Justicia, Ariel Sanzana Président, Genève
Association des Chiliens Résidents à Genève
Commission de Soutien aux peuples originaires du Chili, Hayin Antileo, Genève
Comité Mapuche Belgique (COMABE), María Jara, Présidente, Bruxelles
Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan),
Edith Patrouilleau, Vice-présidente, Paris
Association Terre et Liberté pour Arauco, Néstor Vega, Président, France
Collectif Droits de l’Homme au Chili, Héctor Zavala Leiva, Président, France
Association des Ex-prisonniers chiliens en France, Héctor Vásquez, Président
Association « Nuevo Concepto Latino », Leyla Guzmán Palma, France
Association « Jacques Damiani », Elwyn Ayamante Président, France
Association « Relmu-Paris », Marcelo Gauthier Président, France
Comisión Ética contra la Tortura, Ulises Urriola
Collectif Argentin pour la Mémoire, France
Comité pour la Palestine – 94 Nord, France
Association franco-chilienne Cordillera, Villeneuve d’Ascq
Fondation Frantz Fanon, Mireille Fanon-Mendes-France, Paris
Union d’Associations Chiliennes en France, UDACHF
Carmen Castillo, cineasta
Désirée Frappier, autrice et scénariste, France
Alain Frappier, dessinateur, France
Liliana Lukin, escritora, profesora en la Universiddad Nacional de las Artes, Buenos Aires,
Argentina.
Verónica Estay Stange, Chargée de cours à Sciences Po Paris et au Nouveau Collège
d’Études Politiques (Paris 8-Paris 10).
Iván Treskow, escritor, actor de teatro
Jac Forton, escritor, Francia
Fabien Cohen, secrétaire général de France Amérique Latine
Bertrand Du Pasquier, consultant humanitaire, Genève, Suisse
Gérard Fenoy, membre du Bureau de France Amérique Latine, Paris
Catherine Ferré, professeur de langue espagnole, membre du Bureau National de France
Amérique Latine, Marseille
Valentina Figueroa Zenteno, Profesora de Historia, Geografía y Cs. Sociales, Avignon,
France
Arnaud Gabelli, cartographe, Montreuil
Eduardo Godoy Sepúlveda, historien, Santiago, Chili.
Juan Lopez Ballo, cinéaste, Paris
Renata Molina, secrétaire générale adjointe de France Amérique Latine (FAL) et
corédactrice en cheffe du FAL MAG, Choisy le Roi, France
Franck Gaudichaud, Président de France Amérique Latine (FAL)
Maurice Montet, secrétaire de l’Union pacifiste de France, Paris
Ana Maria Pino Rodriguez, Grupo Mali Newen Mapu, Suède
Carlos Taibo, professeur de Science politique, Université Autónoma de Madrid, Espagne
Victor Rojas Ulloa, monteur-vidéo, Paris
Luis Casado, periodista diario Politika
Sergio Zamora, écrivain chilien, France
Norman Gamboa, Francia
Marcelo Duhalde, Francia
Julio Galaz, travailleur social, Francia
Helios Figuerola, antropólogo, Francia
Claudia Arellano Hermosilla, antropóloga. Docente Esc. Antropología-UAHC, Chile
Luis Campos, Collectif DDHH au Chili (France)
Carlos López Fuentes, Collectif DDHH au Chili (France)
Ximena Andrade, France
Edgardo Honores, Président, Union d’Associations Chiliennes en France, UDACHF
Miguel Baeza, Association Relmu-Paris
Josefina Cuadra, Francia
Julián Bastías, Psicólogo social, Francia
Víctor Escobar, empleado, Francia
Maria Reyes, professeur de langue espagnole, Paris

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