« La Fondation est à nous tous, à nous d’en faire ce que nous attendons » Danielle Mitterrand

 

 

 

Nous sommes en mars 1986, il y a de cela 35 ans, France Libertés – Fondation Danielle Mitterrand voit le jour. Cécile Sportis, qui est alors chargée de mission pour les droits de l’homme au Quai d’Orsay et secrétaire générale de la première Commission consultative des droits de l’homme,  participe activement à la mise en place et à la création de la Fondation. Elle nous partage à travers son témoignage un récit chronologique riche en anecdotes.

 

Nous sommes arrivés au château de Rambouillet en fin d’après-midi ne sachant pas très bien comment se déroulerait ce brainstorming.

Février 1986. Nous savions que la cohabitation dont nous ne savions pas grand-chose, car ce serait la première fois que notre pays ferait cette expérience institutionnelle, n’était plus évitable. Et nous étions là pour imaginer l’avenir ! Nous étions peu nombreux et, autour de Danielle, je ne suis sûre que de la présence de Raphaël et de Vallat.

C’était la suite logique de la création de l’association du 21 juin en 1982 et sa petite sœur, Causes Communes, quelques mois après.

L’idée de Danielle était double : donner plus de visibilité à son action en l’étoffant, mais aussi structurer une démarche autour des droits de l’homme et de la solidarité à l’international comme en France. Elle était persuadée qu’il n’y avait pas de différence entre aider les jeunes du département du Nord à maîtriser les outils informatiques pour sortir de l’illettrisme et s’insérer dans la vie active ou aider un journal ou une radio chilienne à exister en temps de dictature. Les deux projets relevaient de la même démarche : rendre aux êtres humains une part de dignité et de foi en l’avenir. Une fondation, c’était aussi le moyen de pérenniser son action à long terme.

J’avais écrit au printemps 1982, avec Régis Debray et l’aide de Paul Legatte et Roland Dumas, les statuts de l’association du 21 juin. Il s’agissait alors de créer la préfiguration de la fondation Jean Jaurès inscrite au programme du candidat François Mitterrand.

Quatre ans plus tard, ce qu’avait accompli Danielle via le 21 juin et Causes Communes, méritait son existence propre. Jean Jaurès attendrait encore un peu. Mon rôle avait été dans cette perspective, d’étudier le fonctionnement des fondations en France et à l’étranger et imaginer les transpositions possibles pour donner le maximum de flexibilité à l’outil souhaité par Danielle.

Nous avions à étudier et peigner le texte des statuts élaboré par Georges Keijman.
Avec sa méticulosité coutumière, Danielle étudiait chaque mot, revenait en arrière, proposait des alternatives, remettant parfois en cause des heures de travail… Travail fastidieux mais indispensable. Il fallait faire au mieux pour disposer d’un outil facile à utiliser malgré la rigidité que le statut de fondation impliquait.

J’étais à l’époque chargée de mission pour les droits de l’homme au Quai d’Orsay et secrétaire générale de la première Commission consultative des droits de l’homme. À ce titre, je fus appelée plusieurs fois pendant le week-end par le ministère car « Baby Doc » était en voie d’expulsion d’Haïti. Une bonne nouvelle ! Officiellement vers les États Unis via les Antilles Françaises où devait s’opérer le transfert sur un avion américain… qui n’arriva jamais et « Baby Doc » se retrouva en France. Vallat, qui était aux finances, fut également sollicité sur le blocage des avoirs en France.

Le télescopage des deux événements avait quelque chose d’irréel, coïncidence improbable et en même temps illustration du type de situation que nous rencontrerions inévitablement.

Et puis nous avons commencé à réfléchir à un nom pour la fondation. Très vite, la proposition de Vallat de « France Libertés » fut actée. Danielle souhaita ajouter le sous-titre « fondation Danielle Mitterrand ». Et le logo inspiré du chêne et de l’olivier, emblème du Président, en même temps.

Dans mon souvenir, le temps était triste et pluvieux. Le lendemain commencerait le choix des membres du Conseil d’administration, des négociations avec les administrations qui devaient y entrer, et la mise en place des fonds de dotation.

Cécile Sportis

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