Il y a trois ans, au Brésil, la rupture du barrage de déchets miniers de Mariana, a entrainé le déversement de dizaines de millions de mètres cubes de boues polluées dans le fleuve Rio Doce. Après une course de 680km dans les eaux du fleuve, les boues toxiques ont finalement atteint l’Océan Atlantique quelques jours plus tard.

An aerial view of the Rio Doce, which was flooded with mud after a dam owned by Vale SA and BHP Billiton Ltd burst, at an area where the river joins the sea on the coast of Espirito Santo in Regencia Village

4 millions de personnes ont été affectées, 19 personnes tuées et plusieurs dizaines de villages impactés. La rupture du barrage de Mariana, propriété de Samarco (consortium de multinationales composé du géant minier brésilien Vale et de la compagnie anglo-australienne BHP Billiton), est à l’origine d’une série de violations massives des droits humains. Des centaines de milliers de personnes se sont vues privées d’eau et exposées à d’importants risques sanitaires.

Aujourd’hui encore, le droit à l’eau du peuple Krenak est violé. La pollution aux métaux lourds a rendu les eaux du Rio Doce totalement impropres à la consommation. Les Krenak n’ont plus d’accès à l’eau digne de ce nom depuis le crime.

Le ravitaillement en eau potable par camions citernes acheminés par l’entreprise Vale à l’œuvre depuis 2015 ne permet pas l’effectivité du droit à l’eau des Krenak. La simple livraison d’eau potable relève davantage d’une logique de charité que d’un droit humain. Loin d’être une solution viable et satisfaisante, cette situation ne permet pas la réalisation des activités quotidiennes du peuple. D’autant plus que la livraison d’eau chlorée apporte elle aussi son lot de conséquences. Les Krenak souffrent d’irritations dermatologiques liées à cette eau nouvelle à laquelle leurs corps n’est pas habitué. Qui plus est, depuis la consommation d’eau en bouteille, les Krenak font face à un nouvel enjeu, celui de la gestion des déchets plastiques, pollution à laquelle le peuple n’était pas confronté jusqu’alors.

Vale profite de sa position de puissance pour menacer de stopper la distribution en eau en cas de forte mobilisation de la part des Krenak. Ces derniers, sous perfusion, n’ont d’autre choix que de céder au chantage de la multinationale.

La violation du droit à l’eau du peuple Krenak a entraîné des conséquences en chaîne. Le peuple, privé de son fleuve, appelé Watu en langue krenak, ne peut plus exercer ses manifestations culturelles et religieuses traditionnelles. La destruction du fleuve est avant tout une blessure spirituelle profonde pour les Krenak, qui pleurent depuis maintenant trois ans la mort de leur fleuve sacré. De nombreux rituels qui se pratiquaient dans les eaux du Rio Doce sont aujourd’hui devenus impossibles à réaliser. « Le fleuve est mort » affirme les Krenak, en témoignent leurs peintures corporelles, manifestation de leur spiritualité, modifiées depuis le crime.

Les boues toxiques ont brisé les équilibres naturels des écosystèmes de tout le bassin du fleuve. Faune comme flore, tout un écosystème a été détruit, asphyxié par l’obscurité causée par l’épaisse couche de boue dans les eaux. Tout ce qui poussait sur les rives du fleuve (fruits, légumes, plantes médicinales) est aujourd’hui mort ou contaminé par les métaux lourds.

Chez les Krenak, la notion d’équilibre est fondamentale. Leur conception du monde rejette l’idée d’une supériorité de l’humain sur la nature qui ne serait qu’un réservoir de ressources à sa disposition. Les Krenak rappellent que nous sommes partie intégrante de la nature.

Krenak - peuple autochtone Brésil

Cette atteinte aux écosystèmes est un coup porté au mode de vie et à la culture Krenak, et plus généralement aux peuples autochtones. Les Krenak dénoncent un véritable écocide, commis contre le fleuve et les écosystèmes de son bassin.

« Les questions territoriales sont anciennes, mais l’enjeu actuel est la violation des droits humains, en particulier à l’eau. Nous n’avons plus accès à l’eau. Et l’eau c’est la vie ! » Geovani Krenak

Aujourd’hui, trois ans après le crime, le peuple Krenak lutte encore pour pouvoir vivre dignement et voir l’intégralité de ses droits respectée. Pour ce faire, leur principale revendication est la suivante : que leur soit rendu leur territoire autochtone historique Sete Saloes d’où le peuple a été expulsé en 1972. Ce territoire, sur l’autre rive du Rio Doce, est relativement préservé de la contamination. Désormais, la source d’eau du territoire revendiqué est exploitée par une usine de bouteilles d’eau, qui se permet le cynisme de nommer sa marque « Eau Krenak ».

Le processus de démarcation de ces terres est actuellement sclérosé par l’administration brésilienne. Cette situation ne risque que de s’empirer avec la récente élection de Jair Bolsonaro ouvertement hostile et menaçant quant à la présence de peuples autochtones au Brésil. Le président brésilien entend favoriser les grands projets extractivistes gourmands en eau et polluants. Le désistement du Brésil pour accueillir la COP25 et la menace de sortir de l’accord de Paris en témoignent dangereusement.

Si l’avenir du Brésil s’assombrit, Geovani Krenak est malheureusement tout aussi pessimiste pour l’avenir de nos sociétés.

« Je lutte pour l’accès à l’eau de mon fils aujourd’hui, mais vous aussi bientôt vous lutterez pour le vôtre » Geovani Krenak

Watu - Droit à l'eau Krenak

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