Geovani Krenak, représentant du peuple autochtone Krenak du Brésil, et France Libertés ont participé au Sommet des défenseurs des droits humains organisé par Amnesty International, Association for Women’s Rights in Development, le Service international pour les droits de l’Homme ainsi que ProtectDefenders.eu et les membres de son conseil (Fédération Internationale des Droits de l’Homme, Reporters Sans Frontières et l’Organisation mondiale contre la torture) du 29 au 31 octobre à Paris.

Un espace solidaire et libre dans un contexte mondial hostile aux droits humains

Dans un contexte d’inégalités, de changements climatiques, de xénophobie, de répression, d’oppression, la protection des droits humains apparait non seulement comme une nécessité mais aussi comme une solution solidaire.

Devant ce constat, de nombreuses associations françaises ou internationales, et 150 défenseurs des droits humains se sont réunis pendant 3 jours à Paris pour construire une solidarité, un réseau, et imaginer les solutions pour protéger les défenseurs des libertés fondamentales. Un temps d’échanges primordial au regard de la multiplication et l’intensification de leur criminalisation partout sur la planète.

Dans la lutte pour le respect de ces droits, ces personnes et groupes figurent en première ligne, et payent parfois de leur vie. Ces défenseurs s’élèvent contre toutes les formes de répression des libertés, afin de faire progresser les droits fondamentaux et de créer des sociétés plus justes et plus inclusives.

Geovani Krenak

20 ans après le premier Sommet des défenseurs des droits humains à Paris, un constat dramatique

En 1998, France Libertés s’était engagé pour mettre en avant les luttes menées par les défenseurs des droits humains en organisant avec la FIDH, ATD Quart Monde et Amnesty International les Etats Généraux des Défenseurs des Droits Humains. 20 après le premier Sommet, un tragique constat est le même sur tous les continents : le nombre de défenseurs des droits assassinés ou emprisonnés ne cesse d’augmenter. La criminalisation oppresse les droits humains. Sa mise en œuvre est multiple et émane aussi bien de multinationales, d’Etats, de corps de police, de forces militaires…

En 2017, parmi les défenseurs assassinés, 67% se battaient pour leur territoire, pour un environnement sain ou encore pour leurs droits en tant que peuple autochtone. La prédation sur la nature telle que les activités d’extraction de minerais s’avère particulièrement destructrice et menaçante pour les droits humains et les défenseurs qui s’élèvent contre les responsables.

Face aux menaces du gouvernement brésilien récemment élu, Geovani Krenak a appelé les défenseurs à faire front commun

Geovani Krenak et son peuple vivent cette menace au quotidien dans leur lutte pour la justice. Depuis le crime du Rio Doce il y a désormais 3 ans, le fleuve du peuple est mort. Avec sa disparition, celle de droits fondamentaux. Les Krenak ne peuvent plus boire l’eau du fleuve, y pêcher, s’y baigner ni même y mener leur rites spirituels, les terres de la vallée sont contaminées. Geovani a témoigné de la situation lors du Sommet des défenseurs des droits humain, et appelé à faire front ensemble. La situation politique catastrophique du Brésil ne fait qu’accentuer cette injonction. La récente élection de Jair Bolsonaro inquiète, est synonyme de restriction des libertés, de danger tacite pour les représentants de peuples autochtones revendicateurs comme Geovani, qualifiés de « terroristes » par le président élu.

La criminalisation, la menace, les conflits, les tentatives de réduction de l’espace de la société civile sont autant d’armes des détracteurs des droits humains. Malgré la peur et les attaques, les défenseurs rassemblés à l’occasion de ce sommet ont un point commun, celui de ne jamais abandonner face à l’adversité et la menace. Ils combattent haut et fort pour défendre ce qui devrait être une évidence : pouvoir jouir de ses droits humains.

Défendre un patrimoine que nous devrions partager : les droits humains

Beaucoup d’ONG partagent ces combats, les soutiennent et s’engagent à les porter, leur donner une voix, un écho. C’est dans cette optique que France Libertés mène aux côtés du peuple Krenak une campagne de sensibilisation Justice For Krenak. Nous entendons dénoncer ensemble les violations des droits humains, la destruction des écosystèmes et les activités d’extraction de minerais si prédatrices.

20 ans après le premier Sommet, un nouveau plan d’action est élaboré à l’attention des parties prenantes et soutiens des défenseurs des droits humains. Parmi les revendications évoquées, des solutions clefs : l’éducation, la sensibilisation, le plaidoyer, le renforcement des réseaux et mouvements, l’appui à l’échelle locale, le tout à travers un filtre holistique et solidaire.

Le sommet s’est clôt sur le Parvis des droits de l’homme où 70 ans plus tôt était adoptée la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Un hommage a été rendu à tous les défenseurs des droits humains, qui partout dans le monde, refusent d’être réduits au silence et prennent des risques pour nous tous, pour défendre ce patrimoine que nous devrions tous partager : les droits humains.

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