Pour Emmanuel Poilane, directeur de la Fondation France Libertés de Danielle Mitterrand, la protection de l’eau doit être une urgence pour nos sociétés.La Journée mondiale de l’eau (22 mars) nous rappelle que cette ressource est un sujet universel, formidable et complexe. Quelle attention réelle portons-nous à l’eau? Quelle est notre part d’humanité vis-à-vis d’elle?

Les exemples nous viennent souvent de peuples qui n’en disposent pas à profusion, comme les populations d’Amazonie ou du Sahel. Les premiers défendent le « droit de l’eau » et, pour les seconds, l’eau reste l’élément central de l’organisation social. Même si son accès impose de marcher des kilomètres.

Dans ces contrées lointaines et quelles que soient les difficultés rencontrées, la conscience de l’eau est au cœur de la construction même de la société. Le rapport à la planète est ainsi plus respectueux.

L’eau: une urgence pour nos sociétés

En revanche, en France comme un peu partout en Occident, à force de percevoir l’eau comme un simple élément utile à notre petit confort, nous oublions l’essentiel et nos ressources se détériorent à vue d’œil.

Ce phénomène se passe dans l’indifférence générale. Seuls les militants prêchent dans le désert médiatique et alertent pour qu’enfin la protection de l’eau ne soit pas vue comme une contrainte économique, mais une urgence pour nos sociétés.

Le terme d’urgence n’est pas un abus de langage. Les résultats de la grande enquête (le 25 mars) sur la transparence de la qualité de l’eau, que nous menons avec le magazine 60 millions de consommateurs, le prouveront. Sans vouloir inquiéter à tort, il est désormais nécessaire d’informer les citoyens pour changer les comportements dès maintenant.

Une approche trop mercantile

Danielle Mitterrand et nombre de ses amis militants ont dit, et le répètent encore aujourd’hui: « Nous ne pouvons nous satisfaire d’une approche mercantile de l’eau ». Malheureusement, le service que nous payons n’est pas pensé en équilibre pour l’eau et pour l’humanité. Il n’est pensé que pour l’humanité, au mépris de l’eau.

Les distributeurs sont contraints de toujours faire preuve de techniques pour rendre potable une eau abîmée par nos activités humaines et, après utilisation, la rendre à la nature la plus saine possible.

L’urgence est donc bien de créer cette « sphère des biens communs », que Danielle Mitterrand appelait de ses vœux. Une sphère sans connexion avec la marchandisation de l’eau, pour qu’enfin l’humanité se pose la question de la préservation de notre ressource de vie sans l’interférence de lobbys.

Les entreprises commencent à prendre en compte cette réalité. Elles sont de plus en plus nombreuses à regarder et investir pour mettre en œuvre des économies d’eau et d’assainissement en cercles fermés. L’entreprise Vallourec en est un exemple. Elle fabrique des tubes destinés à l’industrie et développe des cercles fermés d’eau dans ses usines pour limiter le plus fortement possible son impact. C’est un engagement important pour elle.

Construire une politique européenne de l’eau

Les collectivités sont elles aussi plus conscientes de la pression qui existe aujourd’hui sur les ressources. Elles réinvestissent la mise en œuvre du service public de l’eau et de l’assainissement comme à Paris, à Rennes ou à Montbéliard. Elles sentent que le système est fragile et que sans un investissement politique plus important, les risques de dégradation des ressources ne seront peut-être plus contrôlables.

Mais il ne faut pas tout espérer des politiques. La solution viendra également des citoyens. C’est la voie que nous montrent les citoyens allemands dans le cadre de l’Initiative Citoyenne Européenne, dont l’objectif est de construire une politique pour l’eau en Europe, et qui a recueilli plus d’un million de signatures en quelques semaines.

Alors vous aussi rejoignez le mouvement pour engager le Parlement européen à construire enfin une vraie politique au bénéfice de l’eau.

Crédit photo: Jan Tik/Flickr

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