La protection des savoirs traditionnels passe avant tout par la protection des droits des Peuples autochtones.

Dans l’affaire Quassia Amara, l’Institut de recherche pour le développement (IRD) essaie de justifier ses pratiques biopirates par plusieurs moyens. Entre autres, cet institut prétend agir dans l’intérêt des autochtones guyanais, en préservant leurs savoirs.

L’IRD nous apprend par exemple que sa recherche « contribue à la sauvegarde d’un patrimoine culturel voué à l’extinction » (voir « De la médecine traditionnelle à l’exploitation industrielle », sur le site de l’institut). Ce propos, selon lequel les savoirs traditionnels ne peuvent être « préservés » que grâce aux recherches scientifiques (qui, chemin faisant, se les approprient au détriment des autochtones), revient souvent sur la table. Récemment, dans une interview télévisée (« Des chercheurs français ont-ils ‘pillé’ les savoirs ancestraux des populations amérindiennes ? », AJ+ du 30 mars 2018), Michel Brossard, directeur du Centre de Cayenne de l’IRD, affirme que c’est grâce aux activités des chercheurs que ces savoirs sont protégés. Selon lui, la publication Pharmacopées traditionnelles en Guyane, contenant des savoirs médicinaux créoles, palikur et wayãpi, « permettait de sauvegarder le savoir de tous ces gens par leur inscription dans un livre ».

Cette idée est erronée. Les savoirs traditionnels sont développés et préservés par les cultures autochtones et non par les activités des chercheurs. C’est grâce aux communautés autochtones que ces savoirs sont transmis d’une génération à l’autre.

Les risques qui pèsent sur certains savoirs autochtones ne viennent pas de leur nature ni des méthodes orales qui assurent leur transmission. Si les savoirs autochtones sont menacés de disparition, ils le sont à cause de nos sociétés capitalistes. Celles-ci imposent des changements aux cultures autochtones, volent ou détruisent leurs territoires et ressources, violent leurs droits et maintiennent un préjugé tenace à l’encontre des cultures autochtones.

Pour protéger les savoirs traditionnels, il faut avant tout protéger les droits de leurs détenteurs, les peuples autochtones. Quand leurs territoires sont reconnus, leurs ressources protégées, leurs langues, identités et cultures mises en valeur (y compris dans l’enseignement scolaire) et leur droit à l’autodétermination dument respecté, leurs savoirs s’épanouissent.

Garder les savoirs traditionnels amérindiens dans une bibliothèque, comme le suggère l’IRD, n’est qu’une mesure cosmétique qui fausse la donne. Leur protection passe surtout et avant tout par la reconnaissance pleine des droits des peuples autochtones guyanais.

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