France Libertés agit au Kurdistan irakien à travers un programme d’éducation non formelle. Qu’est-ce qui se cache exactement derrière ce terme ? Aperçu de cette notion qui abrite les enjeux essentiels de notre siècle.

Lorsque l’on parle d’éducation non formelle, on désigne une activité pédagogique organisée qui se déroule en dehors du système éducatif formel.

L’éducation non formelle (NFE – Non Formal Education en anglais) se déroule dans des lieux tels que des organisations de jeunesse, des clubs de sport ou des centres communautaires, où les jeunes et les enfants se rencontrent librement, participent aux projets, jouent, discutent, font des activités artistiques, chantent, dansent, font du sport ou ont l’opportunité d’apprendre des bases de savoirs académiques qu’ils n’auraient pas pu acquérir par le parcours d’éducation formelle. L’éducation non formelle est généralement mise en œuvre par des ONGs, que ce soit en collaboration ou non avec les institutions gouvernementales.

Il est difficile de mesurer ce que les personnes obtiennent en participant à des activités d’éducation non formelle, et c’est, pour certains, l’une de ses faiblesses. Pour nous, il s’agit peut-être de l’un de ses caractéristiques les plus libérateurs car il permet une participation sans peur du jugement ou de l’évaluation.

Même si l’éducation non formelle n’a pas de diplôme et peut se dérouler dans n’importe quel espace disponible, elle n’en perd pas son pouvoir éducatif, en liant toutes les activités mises en place à un objectif éducatif clair et précis.

Les principes majeurs de l’éducation non formelle sont d’être ouvert à tous, avec une participation volontaire sans peur de l’évaluation, la flexibilité dans l’organisation et le calendrier, l’apprentissage fondé sur les besoins et les intérêts des participants, et la possibilité de travailler à différentes vitesses et de différentes manières. Les méthodes utilisées sont très diverses et fondées sur la création d’un environnement de confiance et le partage d’expériences.

L’éducation non formelle n’est pas en compétition avec l’éducation formelle ; au contraire, elle peut agir de manière complémentaire et en soutien du système éducatif formel.

Pour comprendre d’où vient l’éducation non formelle, il faut revenir en arrière et essayer de suivre les traces de mouvements sociaux divers qui avaient pour objectifs la construction de la justice sociale et le soutien de ceux qui sont exclus à travers des voies alternatives d’éducation. Dans les pays du Nord de l’Europe, principalement au Danemark, nous avons des exemples d’éducation populaire depuis le 15ème siècle.

Les « universités populaires » ont été organisées pour offrir des activités éducatives après les heures de travail, afin que les classes ouvrières aient accès à de l’éducation complémentaire et aient les capacités nécessaires pour prendre pleinement part à la société. Le mouvement a été renforcé en 1936 avec Léo Lagrange, le secrétaire d’État aux sports et aux loisirs. A cette période, les camps de jeunesse, les auberges de jeunesse et les clubs de jeunesse se sont développés avec l’objectif de renforcer les capacités des jeunes et de leur permettre de s’émanciper en tant que citoyens.

L’éducation populaire, l’andragogie, l’éducation non formelle, l’apprentissage tout au long de la vie sont quelques-unes des formes qu’ont prises ces mouvements sociaux au cours des siècles. Le terme « éducation non formelle » a émergé dans les années 1970 avec l’objectif d’obtenir une meilleure reconnaissance de l’éducation et de l’apprentissage en dehors des écoles, des universités et des systèmes officiels de certification.

Pour une meilleure compréhension de l’éducation non formelle, cela peut aider de mentionner également deux autres grandes catégories de l’éducation et de l’apprentissage : l’éducation formelle et l’apprentissage informel. L’éducation formelle est le processus éducatif organisé qui se déroule dans les écoles et les institutions reconnues par l’État. Elle est universelle, obligatoire jusqu’à un certain âge, et mis en œuvre par des enseignants spécialisés et certifiés, avec un programme commun très détaillé que chacun doit suivre. L’éducation formelle comprend souvent l’évaluation des apprentissages ou compétences acquises par les apprenants, et mène généralement à la reconnaissance par la certification.

L’apprentissage informel se réfère à un processus d’apprentissage tout au long de la vie, par lequel chacun acquière des attitudes, valeurs, compétences et savoirs à partir des influences éducatives et des ressources qui se trouvent dans son environnement propre et de son expérience quotidienne. Les personnes apprennent de leur familles et voisins, sur leurs lieux de travail, à la bibliothèque, dans des expositions d’art, à travers le jeu, la lecture et le sport. Les médias de masse sont un « éducateur » informel très important, par exemple à travers le théâtre, les films, la musique, les chansons, les débats télévisés et les documentaires. L’apprentissage informel est souvent non planifié et non structuré.

A travers l’éducation non formelle, nous tentons de répondre à des questions très cruciales : que pouvons-nous faire pour permettre l’accès à l’éducation à ceux qui, pour de nombreuses raisons (sociales, économiques et politiques), en sont exclus ? Pouvons-nous prévenir une exclusion plus forte en changeant nos manières de travailler ? Est-il possible de parvenir à une plus grande intégration si nous nous adaptons aux besoins et au rythme de chaque individu au lieu de proposer la même chose à tous ? Presque 50 ans plus tard, les praticiens de l’éducation non formelle travaillent dans cette même direction, qui est bénéfique et efficace dans chaque environnement et d’une importance vitale dans les crises (guerre, conflit, catastrophe naturelle, inégalités sociales, pauvreté).

training of trainers

 

 

Ce texte est extrait de notre guide « Formation pour les formateurs en éducation non formelle », à paraître prochainement en partenariat avec la Fédération Léo Lagrange.

 

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