France Libertés, en partenariat avec Amazon Watch et International Rivers, a permis à des brésiliens investis dans la lutte pour le respect des droits humains et pour la protection de l’environnement, de se rendre au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies à Genève. Ils ont pris la parole lors d’un side event hier, lundi 10 mars au Palais des Nations.

Lors de cet événement, la question du respect des droits humains dans la réalisation de grands barrages au Brésil était au cœur des discussions. Après une introduction par France Libertés, soulignant l’importance de la consultation des peuples autochtones, qui nous offrent une autre vision du « développement » qu’une simple recherche de la croissance économique, trois intervenants ont mis en lumière des aspects distincts de cette thématique éminemment d’actualité au Brésil.

Sônia Guajajara, présidente de la Coordination des Peuples Autochtones du Brésil (APIB) a présenté les menaces actuelles qui pèsent sur les droits des peuples autochtones au Brésil, en particulier dans le bassin de la rivière Tapajós et a décrit les stratégies de résistance mises en œuvre afin que les droits humains ne soient plus considérés comme des privilèges, mais comme des droits à respecter en tant que tels. Elle a souligné le non-respect de la Convention n°169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) ratifiée par le Brésil, qui exige l’application du droit à la consultation des populations autochtones. De véritables consultations n’ont pas encore eu lieu : il s’agit pour le moment de simples réunions d’information ne permettant donc pas aux populations concernées par les projets de s’exprimer. En dépit des nombreux soulèvements, le gouvernement fait tout pour que les projets se poursuivent.

D’ailleurs, le second intervenant, Alexandre Sampaio, représentant de l’Association Interaméricaine de la Défense de l’Environnement (AIDA), est revenu sur un instrument de l’Etat brésilien qui permet l’autorisation des projets alors même qu’ils ont été déclarés illégaux par des tribunaux brésiliens : il s’agit de la « suspension de sécurité ». Ainsi, le projet de Belo Monte a été déclaré 6 fois illégal, mais ces décisions ont été suspendues à chaque fois. La suspension de sécurité, créée en 1964 sous la dictature et encore en vigueur, semble s’élargir de plus en plus au champ des grands projets économiques et rend donc possible, sur demande du bureau du procureur général, de suspendre des décisions de tribunaux.

Enfin, Sophia Lakhdar, directrice de l’Association Sherpa, est revenue sur la responsabilité des Etats face aux entreprises qui mènent des grands projets. Les textes actuels sur la question sont non contraignants. Leur application dépend donc du bon vouloir des Etats de les transposer dans leurs lois. L’instabilité jurisprudentielle, la longueur des procédures judiciaires et les relations complexes entre les maisons mères et les filiales rendent difficiles les procédures contre les entreprises ayant commis des violations des droits. Il faut, selon elle, que le politique reprenne l’ascendance sur l’économique. Sherpa espère qu’un jour une Cour pénale internationale verra le jour pour étudier les « crimes économiques ».

Sonia Guajara et Alexandre Sampaio continuent leur programme de rendez-vous au sein des Nations Unies à Genève et vous pouvez retrouver Sonia à Paris ce vendredi 14 mars au Comptoir Général à 17h (80 quai de Jemmapes, 75010 Paris, Métro : République, Goncourt, Jacques Bonsergent).

 

side_event_geneve_bresil_mars_2014.jpg

Voir aussi