Jamais peut-être, les maux de nos sociétés mais aussi les possibilités de sa transformation n’avaient été autant mis en lumière qu’à travers la pandémie actuelle.

En effet, elle révèle les conséquences de décennies de marchandisation du monde et du vivant. A travers les causes de la pandémie (en partie écologique due à la déforestation massive obligeant les animaux sauvages porteurs de ces virus à se déplacer vers les zones de vie des humains) et ses multiples impacts sociaux, économiques, politiques, anthropologiques, de genre, agricoles et bien entendu sanitaires.

Quel est donc l’avenir d’une société qui reconstitue des stocks d’armes LBD 40 plutôt que de masques sanitaires ? Qui démantèle les structures de soin pour du profit ? Qui colonise l’ensemble du vivant, détruisant d’une main les diversités sociales et de l’autre main la biodiversité ? Qui fait des « traders » et PDGs les premiers de cordée quand les métiers essentiels sont tant dévalorisés ?

Mais cette pandémie, dans son malheur, est aussi une réelle opportunité, elle nous révèle ce que pourrait être une autre société. En effet, nous expérimentons concrètement l’arrêt de la machine néolibérale. Nous voyons qu’il est possible de vivre sans consommation excessive, sans extractivisme (à partir du moment où l’on a accès à un habitat digne et un minimum de ressources). Une (re)définition collective et individuelle de ce qui essentiel est en cours, avec au centre l’autre, le vivant, le soin, nous reprenons conscience du besoin vital d’être simplement avec les autres, solidaires, au contact des êtres vivants, dans un environnement sain. Nous actons la dimension indispensable des « communs » comme la santé, l’eau ou l’éducation, de la prévalence des liens sur les biens.

Ceci s’accompagne d’une volonté irrémédiable de changement des populations, les français témoignent ainsi d’une aspiration majoritaire à un autre monde.

Alors, faisons du « monde d’après » cet autre monde que les mouvements sociaux préparent depuis de nombreuses années. Agissons ensemble avec nos singularités en multipliant les initiatives radicales et plurielles et en les liant les unes aux autres du nord au sud, de l’est à l’ouest, du local à l’international et vice versa.

Reprenons nos vies à celles et ceux qui nous les subtilisent, ne laissons plus les 1% au pouvoir nous dicter les conduites à adopter, les conditions du bonheur, uniformiser nos territoires et nos cultures.

Reprenons vie, reprenons lien avec le vivant, avec l’autre, redéveloppons les diversités, transformons nos représentations de l’autre et du reste du vivant (d’une relation de domination et d’utilisation à une relation d’enrichissement, d’élévation mutuelle). Pour y arriver, nous n’avons pas besoin de tout réinventer, plutôt d’ouvrir les yeux sur les multiples initiatives existantes aux quatre coins de la planète et de nous en inspirer. Un autre monde est là, prêt à émerger, faisons-le advenir.

Reprenons vie, reprenons nos vies… ensemble.

Jérémie Chomette

 

 

 

Jérémie Chomette,

Directeur de la Fondation Danielle Mitterrand

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