Il y a trois ans, au Brésil, la rupture du barrage de déchets miniers de Mariana a entrainé le déversement d’une vague de boues polluées dans le fleuve Rio Doce. Après une course de 680km dans les eaux du fleuve, ces coulées toxiques ont finalement atteint l’Océan Atlantique quelques jours plus tard.

Parmi les plus de 4 millions de personnes affectées par ce qui a été qualifié de plus grand crime environnemental du Brésil se trouve le peuple autochtone Krenak, originaire de la vallée du Rio Doce.

An aerial view of the Rio Doce, which was flooded with mud after a dam owned by Vale SA and BHP Billiton Ltd burst, at an area where the river joins the sea on the coast of Espirito Santo in Regencia Village

La pollution massive de la vallée a détruit les bases matérielles de la vie quotidienne du peuple en le privant de ses moyens de subsistance traditionnels : les Krenak ne peuvent plus pêcher ni boire ou se baigner dans l’eau du Rio Doce. Les activités agricoles et d’artisanat sont également remises en cause par la destruction de tous les équilibres des écosystèmes de la région. De nombreux rituels qui se pratiquaient dans les eaux du Rio Doce sont aujourd’hui devenus impossibles à réaliser. Le peuple a ainsi perdu un haut lieu de mémoire collective ainsi que le cœur social et culturel de la communauté ; c’est un véritable coup porté à l’identité des Krenak.

Face à l’ampleur du désastre que ce crime constitue pour les Krenak, il est évident que leurs demandes sont nombreuses et revêtent un caractère d’urgence tout particulier.

Le peuple krenak entend que ses droits soient reconnus et qu’il puisse en jouir. Droit à l’eau, droit à la santé et à l’alimentation, droit d’exercer leurs manifestations culturelles et religieuses traditionnelles, droit à une réparation intégrale et juste mais aussi droit des peuples autochtones à la propriété de leurs terres traditionnelles, ainsi qu’à l’autodétermination… La constitution brésilienne reconnait en effet depuis 1988 un certain nombre de droits aux peuples autochtones et considère les terres des peuples autochtones comme « indispensables à la préservation des ressources naturelles nécessaires à leur bien-être et celles qui sont nécessaires à leur reproduction physique et culturelle selon leurs usages, coutumes et traditions ».

La reconnaissance de la rupture du barrage comme un crime et non comme un accident permettrait de rendre compte de l’ampleur des destructions et des responsabilités à la fois des entreprises en cause (Samarco, Vale, BHP) et des pouvoirs publics qui n’ont pas réagi devant les risques encourus par les populations pour assouvir les besoins de ces firmes. Les catastrophes provoquées par les activités extractives sont le résultat de choix opérés sciemment par les compagnies parfaitement au fait des dangers qu’elles font courir aux communautés. Dénoncer des « crimes » et non des « accidents » est primordial pour ne pas nourrir l’impunité des responsables. Les Krenak insistent beaucoup sur ce point, appelant par là-même à une rupture avec le modèle extractiviste brésilien.

Depuis désormais des dizaines d’années, le peuple Krenak a perdu sa terre ancestrale Sete Saloes. Cette terre se situe sur l’une des deux berges de la vallée du Rio Doce. Cette berge-ci semble relativement épargnée par la coulée de boue toxique et pourrait accueillir le peuple Krenak. Historiquement leur, les Krenak réclament ce territoire autochtone aujourd’hui plus que jamais. Pouvoir vivre à nouveau sur les terres de Sete Saloes permettrait aux Krenak de jouir à nouveau d’une partie de leurs droits. Ce territoire, sacré, est notamment gorgé de ressources en eau. Les Krenak n’auraient plus à dépendre de Vale, responsable de la pollution du fleuve, pour leur alimentation en eau potable ni à subir le chantage de l’entreprise. Pour l’instant, l’eau de Sete Saloes est captée par des entreprises, mise en bouteille, et revendue sur le marché sous le nom cynique de « eau krenak ».

« La revendication principale de mon peuple aujourd’hui est la démarcation de notre terre, le territoire de Sete Salões, terre Krenak. Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin de cette terre. Pour notre peuple, cette terre est vitale. Elle porte un futur meilleur pour nos générations à venir. Là-bas on trouve de toutes les matières premières, des produits de la chasse, et surtout des eaux propres à la consommation » explique le cacique Daniel Krenak.

La démarcation du territoire sacré de Sete Saloes, plus qu’une revendication du peuple Krenak, répond à la plupart de leurs besoins vitaux et assurerait la possibilité de jouir de leurs droits humains encore violés à l’heure qu’il est.

Infographie - Violation droits Krenak

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