L’édition 2019 du prix Danielle Mitterrand récompensera une personnalité parmi les quatre encore en lice : Ilham Amare, Rodrigo Mundaca, Subama Mapou et Autumn Peltier. Découvrez aujourd’hui le combat de Rodrigo Mundaca.

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Le co-fondateur de MODATIMA

En 2010, Rodrigo Mundaca cofonde le Movimiento de Defensa por el acceso al Agua, la Tierra y la Protección del Medioambiente (Mouvement de défense pour l’accès à l’eau, la terre et la protection de de l’environnement), MODATIMA.

Modatima  A sa création, MODATIMA défend les droits des agriculteurs, travailleurs et habitants de la région de Petorca, victimes depuis les années 1990 du vol et de l’accaparement de l’eau par des entreprises de l’agrobusiness, en connivence avec les politiques. La revendication d’une « justice de l’eau » est apparue face à l’accaparement des ressources en eau et aux abus commis par les puissants, qui sont aujourd’hui couverts par les garanties constitutionnelles relatives au droit de propriété ainsi que par le code de l’eau qui permet la privatisation de l’eau du pays.

MODATIMA cherche à de donner de la visibilité aux conflits de l’eau dans la province de Petorca mais aussi au niveau national. La lutte prend de multiples formes : dénonciation au Parlement par la participation à diverses instances, mobilisations et marches internationales pour la réappropriation de l’eau et de la vie, participation à des forums universitaires, des débats avec des experts, des organisations sociales, environnementales et avec les populations des différentes régions du Chili.

Le mouvement se déploie dans tout le pays à partir de 2015. Depuis le Forum Alternatif Mondial de l’Eau de 2018 au Brésil, MODATIMA fait partie de la Red Vida. Ce réseau regroupe des organisations de tout le continent américain qui luttent pour la réappropriation de l’eau et la défense des territoires.

MODATIMA soutient que :
  1. L’eau est le patrimoine commun de l’humanité et de la nature. Elle est un bien commun et son accès et son utilisation doivent relever d’une gestion publique.
  2. L’eau est essentielle à la vie et, en tant que telle, constitue un droit humain fondamental. En ce sens, il est essentiel de protéger sa qualité et sa disponibilité pour les communautés humaines et la conservation des écosystèmes.
  3. L’eau n’est pas, et ne peut pas continuer à être une marchandise. Elle est un bien d’usage et de service public. Elle ne doit donc pas être privatisée, ni laissée à la volonté de la spéculation du marché ou de la recherche du profit.

Extrait des 13 propositions de Modatima


Un défenseur des droits humains criminalisé

el agua no se vende« La réponse à la lutte pour le droit à l’eau dans la province de Petorca a été la criminalisation, la persécution, la censure et l’intimidation, alors que le droit fondamental à l’accès à l’eau est bafoué en toute impunité, ce qui met en péril la vie des habitants ». Rodrigo Mundaca

Rodrigo Mundaca a commencé à dénoncer les atteintes aux droits humains commises par des responsables politiques locaux et des entreprises qui ont eu des incidences sur l’accès à l’eau des populations rurales en 2012.

Au cours des trois années suivantes, les autorités chiliennes ont engagé quatre procédures pénales à son encontre parce qu’il avait dénoncé publiquement l’exploitation illégale de l’eau dans la province de Petorca. Il est condamné à 61 jours de prison pour diffamation à l’issue de l’une de ces procédures. Sa peine a été assortie d’un sursis à condition qu’il se présente à la police chilienne tous les mois pendant un an et paye une amende.

En mars 2015, Rodrigo a été agressé physiquement et en mars 2017, il a reçu un appel téléphonique lors duquel son interlocuteur a déclaré : « On va te tuer enfoiré, on va te tuer.» En 2017, Amnesty International a intégré Rodrigo Mundaca dans le cadre de sa campagne mondial Soutenez leur courage, qui vise à renforcer la reconnaissance et la protection des défenseurs des droits humains dans le monde.

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