Emmanuel Poilane, directeur de France Libertés, a répondu à la journaliste Anne Laure de Reviers de l’émission « La Quotidienne » de France 5 sur les bouteilles en plastique et l’eau du robinet.


Ces bouteilles d’eau sont bien connues des consommateurs puisqu’elles rassemblent des grandes marques internationales n’est-ce pas ? Quelles marques sont concernées exactement ?

Il y a énormément de marques d’eau en bouteille, les plus connues concernées par l’étude sont Nestlé, Danone et Coca-Cola. Cependant, le problème n’est pas lié à la marque mais à l’emballage. Cela peut donc se retrouver pour toutes les marques.

Ces marques sont commercialisées en France. Sait-on si les bouteilles de nos supermarchés français sont contaminées ?

Le problème rencontré est lié au plastique, il s’agit principalement de la fabrication de bouteille en PET. On peut donc très probablement retrouver des particules de plastique dans les bouteilles d’eau vendues dans nos supermarchés.

Les tests ont donc révélé la présence de plastique. En quoi ces résultats ne vous étonnent guère ?

Le fait que le plastique relâche des micros-éléments dans l’eau n’est pas une surprise, et c’est confirmé par les marques qui ont répondu à cette étude américaine. Nous l’avions déjà prouvé pour les bonbonnes d’eau avec 60 millions de consommateurs en 2013. Ce résultat met enfin un éclairage abrupt sur cette réalité. Stocker de l’eau dans des bouteilles en plastique pour les vendre ensuite n’est pas une bonne idée.

Pourtant l’eau de bouteille est synonyme de pureté et d’hygiène : les femmes enceintes la boivent, on l’utilise pour la préparation des biberons… qu’est-ce que cette étude signifie ?

Cette étude montre surtout que nous sommes un peu aveuglé par les publicités des embouteilleurs qui vantent l’eau parfaite. Il n’en est rien, nous avions déjà trouvé des résidus de pesticides et de médicaments, il s’agit désormais de plastique. L’eau est le seul aliment qui puisse être vendu de 100 à 600 fois plus cher selon son mode de distribution, c’est l’écart de prix entre l’eau en bouteille et l’eau du robinet. Cette prise de conscience permettra aux consommateurs d’aller vers l’eau du robinet et de faire une économie de plus de 500 euros par an sans ingérer de plastique. Pour les femmes enceintes notamment, Eau de Paris a travaillé pour que l’eau de la ville Paris soit préconisée pour les femmes enceintes et pour les bébés.

Selon vous, à quel moment de la chaîne le dysfonctionnement a-t-il eu lieu ?

Le problème, c’est la matière plastique. Elle a l’avantage de son poids et de son coût faibles pour les fabricants. Cela permet de rendre la bouteille jetable. Mais le plastique est une matière très envahissante pour la nature et pose d’énormes problèmes. Abandonner les plastiques jetables me semble la chose à faire urgemment. Nous utilisons 25 millions de bouteilles en plastique chaque jour en France, la grande majorité est jetée. Nous n’en recyclons que 20% en Europe.

C’est un continent de déchet plastique que nous créons dans nos océans qui contiendront bientôt plus de plastique que de poissons. Des études scientifiques attirent notre attention sur ce sujet, notamment grâce à des cartes des plastiques dans les océans qui sont très inquiétantes.

L’étude indique que pour l’heure, on ne peut mesurer l’impact de ces particules sur la santé. Mais on imagine qu’ingérer du plastique n’est pas très sain ? Qu’est-ce qui pose problème avec ces particules ?

Effectivement, il faut attendre que des études scientifiques soient menées, mais ce n’est pas rassurant. Dans le meilleur des cas, il faudrait le savoir et ça c’est la responsabilité des embouteilleurs. Surtout, pourquoi boire une eau jusqu’à 600 fois plus cher si c’est pour avaler du plastique ? Vite, l’eau du robinet !

Est-ce que selon vous, il faudrait appliquer un principe de précaution et interdire les eaux en bouteille ?

Il faut obliger les entreprises à étudier ce point et à en informer les consommateurs sur les emballages. Une chose est sûre, le mythe de l’eau pure et miraculeuse en bouteille plastique s’est évanoui. Au-delà, nous devons réfléchir plus largement et éliminer tous les plastiques jetables qui sont une catastrophe pour l’environnement.

 

Non mais a l eau quoi

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