Positionnement

A l’heure où les conditions d’habitabilité de la Terre sont en jeu, face au système économique productiviste qui repose sur l’exploitation effrénée de la nature, il est nécessaire de réinventer la place de l’humain par rapport au reste du vivant. La Fondation agit pour faire advenir d’autres manières d’habiter la Terre, pour sortir du dualisme nature/culture qui a invisibilisé les interdépendances qui lient l’ensemble du vivant, et renouer des alliances avec les autres qu’humains pour réapprendre à coexister dans des relations les plus harmonieuses et émancipatrices.

1) Nous défendons une écologie relationnelle comme formes de co-habitation de la Terre

Pour la Fondation c’est un rapport spécifique au monde, et se voulant être LE seul, qui est à mettre à cause dans le ravage planétaire : plutôt que l’humain, c’est le néolibéralisme productiviste et sa conception du vivant qu’il faut incriminer. Pour ce système la nature est définie comme tout ce qui est extérieur aux humains. C’est ainsi qu’en nous sortant du vivant, on devient maître et possesseur de la nature qu’on peut aménager, exploiter, s’approprier par morceaux, faire travailler… Pour nous, l’écologie n’est pas la protection de la nature puisque les idées de protection, sauvegarde ou préservation nient l’agentivité du vivant et l’infériorisent. Nous appelons à éclater les dualismes hérités de l’ontologie naturaliste qui séparent, hiérarchisent et objectivisent tout et à rompre avec le capitalisme qui ne fonctionne que par la transformation de tout en ressources à exploiter, y compris le vivant ! Une véritable révolution de notre manière de penser, percevoir et interagir avec le vivant est nécessaire.

La Fondation l’a toujours affirmé haut et fort, nous, humains, faisons partie du vivant et à ce titre, nos actions écologiques se résume ainsi : « nous sommes le vivant qui se défend ». Nous, le vivant, sommes dans une même communauté de destin. La relation doit être au cœur de nos éthiques et actions comme reflet des interdépendances et des façons diverses de se relier ENTRE humains et AVEC les autres qu’humains. La question écologique se pose alors non plus comme un enjeu séparé des autres sphères puisqu’elle exige de penser la composition du monde, au sens de penser les manières de se relier et de co-habiter ensemble ce foyer commun qu’est la Terre.

Il est nécessaire de réapprendre à vivre dans une grande communauté du vivant et de composer de nouvelles relations qui prennent en compte les formes de vie autres qu’humaines. Cela pose aussi la nécessité absolue de repenser les usages des terres et des eaux pour prioriser ceux pour la vie et lutter contre ceux qui détruisent le vivant ou perturbent les équilibres. Composer ce monde implique une nouvelle éthique où l’hubris et la domination laissent la place à la modération et aux ‘égards ajustés’(Notion pensée par le philosophe Baptiste Morizot) avec les autres qu’humains. C’est à partir de territoires précis que s’inventent des alternatives et que des métamorphoses prennent corps car ils permettent de penser de manière systémique. Les manières de co-habiter dans nos milieux de vie est donc un acte politique. L’écologie pour nous ce sont donc aussi les formes de soin à apporter à ce foyer commun pour le maintien des équilibres fragiles desquels nos vies, et celles d’autres, dépendent. Constituer ce monde passe par une « cosmopolitique de la relation » : faire monde ne se décrète pas, c’est « le fruit d’un agir ensemble » (Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, p. 387) où cette co-activité nous tient ensemble.

2) Nous défendons une écologie sociale et émancipatrice

L’écologie ne suppose pas une nouvelle théorie à appliquer clé en main mais se veut par principe diverse, reflet de différentes manières de faire monde. Elle s’ancre sur des territoires et s’incarne dans des corps. Plusieurs voies sont possibles dans ce vivre-ensemble. Toutefois cette multiplicité des mondes « se combine avec la nécessité de prendre soin du monde commun qui les rend possibles et leur permet de s’épanouir » (La Commune revient. Entretien croisé avec Jérôme Baschet et Laurent Jeanpierre, réalisé par Josep Rafanell i Orra et Johan Badour.). La Fondation reprend ainsi le concept proposé par Jérôme Baschet ‘d’universalisme des multiplicités’ pour redire que ce « monde qui puisse abriter de nombreux mondes » n’implique pas la validation des mondes de la destruction.

Nous reconnaissons dans la lignée de « l’écologie sociale » de Murray Bookchin que la violence faite à la Terre et au vivant est la prolongation des violences sociales, patriarcales, racistes, coloniales subies par tous les corps subalternes depuis des siècles. L’écologie que nous promouvons est donc nécessairement non patriarcale et décoloniale. Elle impose donc de penser l’émancipation dans un double volet : entre les humains et avec les autres vivants.

Dans tous les dossiers pris à bras le corps par la Fondation, c’est le lien intrinsèque entre les enjeux de dignité humaine et les équilibres écologiques qui était central. Il nous faut continuer de partir des droits humains pour en découler les communs nécessaires à leur réalisation.

Dans cette écologie émancipatrice que nous prônons, l’idée d’auto-détermination et d’autonomie est majeure. C’est la possibilité de s’auto-gouverner collectivement, à travers des choix consentis et pensés ensemble permettant l’épanouissement de la communauté humaine et du reste du vivant. Cette « autonomie interdépendante » affirme une conception de la liberté fondée sur la relation, et non pas sur l’hybris de la toute-puissance. Elle invite à cartographier nos interdépendances pour mieux distinguer celles à défendre car elles constituent nos vies et celles à éliminer parce qu’elles nous enchaînent au processus de ravage(Collectif Ecolo Paris, Ecologie sans transition, p. 133-134).

Pour aller plus loin, lire notre note de 3 pages

Actions/campagnes

Agiter les idées et échanger sur les pratiques

Avec le concours de nombreux partenaires, la Fondation Danielle Mitterrand organise des temps de sensibilisation, d’échanges et de rencontres pour créer du débat entre les acteurs de la société civile pour transformer les façons d’agir et de penser la question du vivant. Ces espaces de rencontres sont aussi l’occasion de (re)découvrir des alternatives concrètes à travers le monde pour démontrer qu’un autre monde est possible et est déjà en construction.

  • Tribune Internationale « L’eau pour la vie pas pour le profit »
    A l’occasion de la journée mondiale de l’eau, le 22 mars, la Fondation Danielle Mitterrand accompagnée de plus de 550 associations et collectifs des quatre coins du monde ont dénoncé l’entrée de l’eau en bourse comme crime contre le vivant ! [Lien vers la Tribune]
  • « En finir avec la vision économique de l’eau »
    Pour faire écho à la parution du livre « Coupures d’eau. Victoire des citoyens face aux multinationales » (Éditions 2031), cette conférence a permis de revenir sur la victoire historique contre les coupures d’eau et d’ouvrir sur les autres combats à mener pour faire du droit à l’eau une réalité pour toutes et tous. A Revoir ici
  • Vidéo de notre partenaire et lauréat 2019 du Prix Danielle Mitterrand, Rodrigo Mundaca « Au chili la base des inégalités est liée à l’appropriation des biens communs »

Rodrigo Mundaca explique dans cette vidéo les enjeux environnementaux du processus constituant, et notamment la question centrale de l’eau. Lien de la vidéo

  • « Pour un autre rapport au vivant. Les voies qui se dessinent dans les dynamiques autour de l’eau »
    A partir de plusieurs cas emblématiques de mobilisations pour l’eau, présentées par les premiers et premières concerné.es, ce module a posé les bases de réflexions communes autour des manières de résister aux ravages qu’imposent une vision économique, utilitariste et anthropocentrée de l’eau, et d’esquisser les voies pour habiter autrement nos milieux de vie et impulser d’autres rapports au vivant. Récapitulatif des UEMSS
  • Atelier « Luttes pour les terres décoloniales » aux rencontres Reprise de Terre
    A partir des présentations des différentes stratégies de luttes et de réappropriations des terres misent en œuvre par les populations en Guyane et Kanaky-Nouvelle-Calédonie, cet atelier a permis de poser la question de la confrontation entre des appréhensions du vivant opposées, les formes d’attachement des peuples à la terre, la reconnaissance culturelle et politique des peuples autochtones et communautés locales et de penser les enjeux de soin des milieux naturels. Avec la participation de Christophe Pierre (porte-parole de la Jeunesse Autochtone de Guyane et ancien vice-président du Grand Conseil Coutumier en Guyane), Alexis Tiouka (juriste autochtone Kali’na de Guyane) et François Karé (Mouvement des jeunes kanak en France).
  • Conférence « Quels droits pour la nature ? » avec Valérie Cabanes
    Au cœur de cet espace d’échange, les limites du droit de l’environnement actuel on pu  de faire le point sur la potentielle reconnaissance de l’écocide au niveau international, européen ou national ; de revenir sur les expériences de reconnaissance de droits à des écosystèmes dans le monde ; et de parler de la multiplication d’initiatives en France qui posent la question d’un autre rapport au vivant

https://www.france-libertes.org/fr/intervention-de-valerie-cabanes-quels-droits-pour-la-nature/

 

Soutien à des utopies radicales et des initiatives rebelles

La Fondation Danielle Mitterrand soutient les initiatives participant à une réelle métamorphose du monde, c’est-à-dire entraînant une transformation individuelle, collective et de nos modèles de société, en traitant les problèmes à leurs racines, démontrant qu’il est possible de construire un monde plus juste, solidaire et résilient.

 

LES SEMEUSES – Une coopérative agricole sur un territoire en lutte

Ce collectif de maraichères développe ses activités paysannes sur des terres directement menacées par le projet d’enfouissement de déchets nucléaires dit Cigéo. Les Semeuses agissent à leur manière pour reprendre en main ce territoire et le revitaliser.

Ecouter le podcast

BUZURUNA JUZURUNA

Au cœur de la Vallée de la Bekaa au Liban, le collectif Buzuruna Juzuruna donne vie aux alternatives paysannes pour tendre vers plus de souveraineté́ alimentaire à travers une ferme-école qui distribue les semences paysannes et transmet les savoirs autour de l’agro-écologie.

Ecouter le podcast

ECOLE DE L’EAU (à ajouter au moment venue) – Un lieu pour récupérer la mémoire culturelle de l’eau

Au chili, ce projet de programme éducatif et communautaire à caractère interculturel, est destiné aux jeunes des communautés Mapuche Pehuenche de Curacautin et Lafkenche de Coi Coi, en impliquant les communautés dans la préservation de l’oralité du Ngen Ko, l’esprit de l’eau, en tant que construction de l’identité territoriale et la protection des écosystèmes naturels.

MAISON COMMUNE DES LENTILLERES – Un espace qui réaffirme le droit à vivre et à prendre soin du territoire

Cette maison commune aura pour fonction principale d’être une cuisine, une cantine et un espace de réunion pour l’organisation des différentes activités existantes sur le quartier. L’enjeu de ce bâtiment est de créer un lieu d’accueil et de rencontre avec les habitant.es des quartiers voisins, du reste de la ville de Dijon et même de l’autre bout du monde.

 

Deux problématiques sont particulièrement traitées :

Eau et territoires : quelles voies pour sortir d’un rapport à l’eau utilitariste, anthropocentré et extractiviste se dessinent dans les luttes et expérimentations territoriales ?

  • Comment les dynamiques en cours autour de l’eau ancrées autour de territoires précis en posant la question des différents usages et leur priorisation et en invitant à penser les limites nécessaires pour le maintien des équilibres dans les milieux de vie, tracent différentes voies possibles pour matérialiser l’autre rapport à l’eau que nous devons instituer pour cesser le ravage du vivant qui nous empêche de jouir pleinement de nos droits humains ?
  • Comment l’eau par son caractère écosystémique permet aux luttes et expériences ancrées sur des territoires précis de dépasser ceux-ci et se donner à voir comme le reflet d’un rapport au monde global, de mondes à défendre ?
  • Quels aspects de ces dynamiques territorialisées participent d’une réinvention du combat mondial pour l’eau ?

 

Faire Ecole et savoirs situés : Comment construire partout des Ecoles du vivant et de la métamorphose ?

  • Comment transmettre des savoirs et savoir-faire pour transformer nos relations au vivant, à l’Autre, apprendre à faire Commun et à s’auto-organiser, se désintoxiquer des toxines du rapport au monde prédateur et individualiste inculqué dès le plus jeune âge, et participer à une métamorphose joyeuse de notre monde ?
  • Dans le contexte d’urgences et de crises systémiques, de perte de sens et d’espoir, quelles sont les choses fondamentales pour mener une vie digne et joyeuse, résiliente et résistante, que nous pouvons apprendre dans le système éducatif, malgré son évolution néolibérale des dernières décennies ?
  • Quelles nouvelles initiatives buissonnières de réappropriation et transmission de savoirs situés, non séparées des pratiques d’habiter et de résister, s’inventent dans les territoires de luttes et d’expérimentations ?
  • Quel héritage du terreau historique de l’éducation populaire, de l’éducation à l’environnement et de l’éducation à la solidarité internationale, de réseaux de compagnonnages et de chantiers, d’associations et de collectifs cherchant à faire « entrer les sciences en démocratie » et du réseau d’associations issues de l’altermondialisme ?
  • Comment s’inspirer de toutes ces dynamiques pour inventer des « écoles de la métamorphose », dans, hors, et à l’interface des institutions ?

Publications

Eau et climat

Rendre l’eau à la terre pour restaurer le climat

Un livret qui montre qu’il est possible pour tout un chacun de s’engager pour agir positivement et mettre en place des modes de gestion respectueux du cycle local de l’eau, et ainsi être acteur d’un meilleur équilibre du climat.

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